Claude Luter fut le grand spécialiste du style New Orleans en France, longtemps partenaire de Sydney Bechet avec qui il grava de nombreux enregistrements. Il joua également avec d'autres grandes figures du jazz américain comme le trompettiste Louis Armstrong et le clarinettiste Barney Bigard. C'est une personnalité marquante de l'âge d'or des caves de Saint-Germain-des-Prés, dans l'après-guerre.
C’est à la fin de 1945 qu’il entame une véritable carrière de musicien dans de petits clubs du Quartier Latin de Paris et du 16e arrrondissement. En mai 1946, Claude Luter , fait fureur au "Lorientais", une boîte ouverte dans le sous-sol de l'hôtel des Carmes, rue des Carmes. Mme Bereaud, propriétaire du petit hôtel de la rue des Carmes a fait appel à Luter et Mowgli, qui alors jouait du piano pour jouer dans sa cave, petite à petit la formation s'étoffa. Après différents changements, l'orchestre définitif "Les Lorientais" fut sur pied qu'en juin 1947. La cave devient un lieu très fréquenté par l’intellingentsia parisienne. Aux côtés de Luter, on peut entendre Boris Vian, dans le public il y a Jean-Paul Sartre, Prévert, Eluard, Bernard Blier, Micheline Presle, Raymond Queneau . Les clubs entrent dans la légende, Le Tabou, Le Club Saint-Germain. Paris devient la deuxième capitale du jazz et une terre d'accueil pour de nombreux musiciens américains.
Claude Luter avec Rex Stewart - Sydney Bechet au Vieux Colombier
Au festival de Nice, en 1948, Luter et ses Lorientais représentent le Jazz français. Ils ont ainsi l’occasion de côtoyer leurs idoles : Louis Armstrong, Earl Hines,et enregistrent leurs premiers disques. Armstron est élogieux à leur égard.
Claude Luter quitte le "Lorientais" en décembre 48, et s'installe au sous-sol du théâtre du "Vieux Colombier", où il poursuit sa carrière, applaudi par Queneau, Giacometti, Camus, Sartre et les autres. Il tourne dans “Rendez-vous de Juillet” et participe au festival de Paris en 1949"Tadd Dameron et Miles Davis représentent la nouveauté, Sidney Bechet les anciens. Luter et Bechet vont se trouver et jusqu'au milieu des années 1950, l'orchestre français accompagne le musicien américain, qui va connaître un succès digne des stars actuelles du rock en raison d'un mouvement de revival parallèle à d'autres évolutions du jazz (post bop, west coast, cool...). Dans les boums, on se bécote sur Petite Fleur et l'on se trémousse sur Les Oignons."(Sylvain Siclier- Le Monde) L’orchestre de Luter représente alors ce qui se fait de mieux dans le revival du Jazz Nouvelle-Orléansréunissant sincérité, passion, et technique.
Louis Armstrong, Claude Luter - Struttin' With Some Barbecu
Claude Luter et Sydney Bechet
Deux grandes orientations du jazz coexisteront durablement, le style traditionnel, dont la formation emblématique fut celle de Claude Luter, avec Sydney Bechet et Milton Mezzrow et d'autre part le bebop défendu par Boris Vian , le jazz nouveau des Charlie Parker, Dizzy Gilepsie et Thelonious Monk, tendance représentée dans les caves se Saint-Germain par les frères Hubert et Raymond Fol.
Après six années auprès de celui "qui lui a tout appris" (Sydney Bechet), Luter à la tête de son orchestre et se produit un peu partout dans le monde notamment en Amérique du Sud en 1957 et dans l’Union Soviétique en 1962. Mais déja, le jazz est en perte de vitesse. au profit des yé-yé, des Beatles et du rock. Le jazz, c'est alors un truc pour les vieux. Claude Luter est mort en 2006.