"Je n'ai jamais aimé le métier d'acteur, j'ai fait cela pour de l'argent. C'était la seule chose que j'aimais... J'avais tout ce que je voulais. D'ailleurs, j'ai horreur de la violence. Et, dans mes films, on m'assommait, ou m'arrosait d'essence, on me ligotait et je m'en sortais vivant. J'étais invincible. James Bond avant James Bond. Les gens dans la rue m'appelaient Lemmy parce qu'il croyaient tous à Lemmy Caution. Et moi, je détestais ça...". Eddie Constantine
Eddie Constantine avec Piaf Acteur américain, né le 29 octobre 1917 à Los Angeles. Fils et petit-fils de chanteurs d'opéra, émigrés de Russie, il reçoit très tôt une formation musicale. Choriste à Broadway, où il connaît des moments difficiles, puis à Hollywood dans des productions M.G.M., ami de Joan Crawford et de John Garfield qui le fait ensuite travailler comme cascadeur, il épouse une danseuse et débarque avec elle en France, en 1949, où il se fixe pour de longues années. Engagé dans des cabarets parisiens, il rencontre Edith Piaf qui oriente sa carrière et le prend pour partenaire, malgré les réserves de Raymond Rouleau, qui lui trouvait un talent... limité, elle lui fit faire ses débuts sur la scène de l'ABC, dans une opérette de Marcel Achard, "La p'tite Lili". "L'histoire de ma vie se raconte en deux mots, comme ces publicités pour maigrir ou grandir: il y a "avant" et "après".Avant, j'étais ce type, ce brave et pauvre type qui battait sa semelle anonyme devant les portes de Radio-City.Celui qui n'embarquait jamais sur les grandes caravelles en partance pour le rêve: Fox, Metro, Universal.Avant, j'étais choriste ou figurant et je restais à quai, j'avais une femme, un gosse et des dettes chez l'épicier.Après, c'est autre chose.Je suis devenu une star"
C’est en 1953, à partir d’un roman de Peter Cheney - alors fleuron de la "Série noire" animée par Marcel Duhamel - "la Môme Vert de Gris", porté à l’écran par Bernard Borderie, qu’est né le mythe populaire de l’agent du FBI mauvaise tête mais bon coeur, roi de la castagne, clope au bec, gosier en pente, tombeur de belles poupées.Les deux films suivants, "Cet homme est Dangereux" (1953) et "Les Femmes s'en Balancent",popularisent auprès du public le personnage de Peter Cheyney. Le succès est là.
Parallèlement, Eddie Constantine une carrière dans la chanson, "Certains courent après les filles/ Moi les filles me courent après..." ; "Chez Bébert à Chicago c’est un coin très rigolo/ M’avait dit un d’mes copains/ Un type vraiment très bien... ("Ça bardait"), en duo avec sa fille Tania dans la chanson tirée du film "L'Homme et l'Enfant" puis plus tard, ce sera "Cigarettes, whisky et p’tites pépées", un programme simple allié à la gouaille et à l'accent américain, assure à Constantine popularité et succès.
Le personnage de "dur" de Constantine servit tant et plus : "Ça va barder" (John Berry, 1954) ; "Vous pigez ?" (Pierre Chevalier, 1955) ; "Je suis un sentimental" (John Berry, 1955) ; "Ces dames préfèrent le mambo" (Borderie, 1957) ; "Du rififi chez les femmes" (Alex Joffé, 1959) ; "Comment qu’elle est !" (Borderie, 1960) ; " Me faire ça à moi" (Pierre Grimblat, 1960) ; "Lemmy pour les dames" (Borderie, 1961) ; "A toi de faire, mignonne" (du même, 1961)... Il avait pourtant tenté en 1957 à travers son autobiographie, "Cet Homme n'est pas dangereux" de se démarquer de ces personnages stéréotypés.
"Cet homme est dangereux" - "Les femmes s'en balancent"
Au début des sixties Eddie Constantine prend conscience de s’être laissé enfermer dans un emploi même si sa popularité internationale est telle qu'il est mis en bandes dessinées dans une série d'origine sud-américaine. Le héros est un privé ayant les traits et le nom d'Eddy Constantine. Bijoux volés, tricheurs de casinos, affaires louches en Amérique latine, ce ne sont pas moins de 12 épisodes de 60 à 100 strips qui ont été diffusés. En 1961, Jean-Luc Godard l'invite à rompre avec cette image, faisant de lui un indécrottable paresseux dans "Les sept péchés capitaux". En 1965, le cinéaste fait à nouveau voler l'image de l'acteur en éclats dans "Alphaville". "Oui, j'ai tué quelqu'un et c'était un meurtre prémédité.Et j'avais un complice.Son nom vous dira quelque chose: Jean-Luc Godard.L'arme du crime était un film.Avec "Alphaville" et son héros incroyablement débile, on a détruit en une heure trente ce que mes producteurs, agents, publicistes, avaient mis des années à construire.L'image.Celle qui fait rêver les débutants, celle dont les stars ne savent plus comment se dépêtrer.La belle image à quatre-vingts briques par film... Joyeux massacre."
Peu après, Constantine suit sa nouvelle compagne, unproductrice de télévision allemande, et s'installe outre-Rhin. Les années 1970 et 1980 marquent une nouvelle étape dans sa carrière, méconnue du public français. En Allemagne, il tourne une vingtaine de films, dont deux sous la direction de Rainer Werner Fassbinder (Prenez garde à la sainte putain, 1969, et La troisième génération, 1978). En 1991, il retrouve Jean-Luc Godard pour un documentaire de fiction sur la chute du mur de Berlin (Allemagne année 90, neuf zéro).
Eddie Constantine, le plus américain des acteurs français, est mort le 25 fevrier 1993 d’un arrêt cardiaque, à Wiesbaden (Allemagne) où il résidait depuis 1978 avec sa seconde épouse, Maja, dont il avait fait la connaissance à Francfort. Il avait soixante-quinze ans.
Lemmy Caution
1945, la guerre est finie. A Paris, l’effervescence de la libération fait exploser un Saint-Germain devenu le centre culturel et intellectuel de la Capitale.
C’est la découverte du jazz, des cigarettes blondes et du bas nylon amenés dans les paquetages des soldats américains. L'Amérique victorieuse fascine. A cette époque, le roman policier s’enlise avec des détectives bon chic bon genre. Déjà traducteur de Chandler et de Hammet, Marcel Duhamel propose à Gallimard de créer une collection policière dont le but est d’éditer des romans américains ; très en vogue à l’époque. Le nom de la collection sera "Série noire". La jaquette est dessinée par Germaine Duhamel. Porté par "l’Américan way of life" la Série Noire est lancée et le public suivra. Les deux premiers titres de la collection, en 145, seront "La Môme vert-de-gris" et "Cet homme est dangereux" de Peter Cheyney.
Peter Cheney
Peter Cheney est le pseudonyme de Reginald Evelyn Peter Southouse Cheney né de parents irlandais. Acteur de théâtre sous le nom d’Hector Stuart, plusieurs fois blessé pendant la Première Guerre mondiale, il quitte l’armée avec le grade de capitaine. Il devient bookmaker, puis s’associe avec un inspecteur chef pour fonder une agence de police privé. Durant cette période, il publie deux recueils de poèmes et écrit des articles et quelques nouvelles dans divers journaux. En 1936, il publie son premier roman Cet homme est dangereux (This Man is Dangerous), où apparait Lemmy Caution, agent du FBI. Il ecrira deux autres aventures de son héros, La Môme vert-de-gris (Poison Ivy, 1937) et Les Femmes s’en balancent (Dames Don’t Care, 1937) avnt de l'abandonner pour le privé Slim Callaghan.
Le personnage de Lemmy Caution popularisé par Eddy Constantine dans La Môme vert-de-gris, 1953, et Les femmes s'en balancent, 1954, de Bernard Borderie sera repris par Godard pour La Paresse, un sketch desSept Péchés capitaux, 1962, Alphaville, 1966, et enfin Allemagne neuf zéro, 1991, où Eddy Constantine passe de l'Est à l'Ouest pour retrouver "la môme vert-de-gris".