Dany Carrel - Piège pour Cendrillon - André Cayatte _ 1964
Pour approfondir le sujet >> "L'Annamite" autobiographie de Dany Carrel (lien Alapage) >> Le Pacha Film de Georges Lautner (lien Alapage)
"J’ai des envies de voyage. L’Océanie, Bora Bora, les Vahinés… Tu connais ? - Pourquoi, tu veux m’emmener ? - On n’emmène pas des saucisses quand on va à Francfort." André Pousse - Dany Carrel "Le Pacha"
Dany Carrel ne fut jamais une star, malgré son talent. Elle avait les joues rondes, les yeux en amande, et «des seins superbes». Elle fut le souffle exotique, léger et sexy du cinéma des années 50 et 60, ce qui vaut bien d'autres carrières, quoiqu'en aient pensé les (injustes) critiques de "La Nouvelle Vague"
Danny Carrel est née en Indochine Française (Vietnam actuel) en 1935. De son vrai nom Yvonne Chazelles, elle est le fruit des amours illégitimes d'Aimé Chazelles du Chaxel, directeur des douanes et de Kam une jeune vietnamienne (Il eut deux enfants avec elle : Yvonne et sa soeur Alice)
A la mort d'Aimé, Yvonne, alors agée de trois ans, revient en France avec sa tutrice, Juliette (épouse légitime d'Aimé Chazelles). Celle-ci qui se disait sa mère l'amène d'abord chez une vieille dame de Combs la Ville puis la place dans une institution religieuse l'orphelinat Saint Joseph tenu par les soeurs de Saint-Vincent de Paul à Louveciennes, ou elle rencontre l'abbé Bel, qui la prend en affection, et sait lui redonner confiance. A quatorze ans elle retourne vivre auprès de sa tutrice, Juliette, à Marseille, elle est un peu la domestique. Juliette fait venir Alice, la soeur d'Yvonne pour quelques mois avant de la renvoyer au Vietnam. C'est Alice qui révèlera à Yvonne que leur véritable mère est vietnamienne.
De retour à Paris, à quinze ans, Yvonne fait un passage au Lycée Edgar-Quinet à Paris, puis devient pensionnaire au cours Bobillot, également tenu par la congrégation de Saint-Vincent-de-Paul, ou elle suit de cours de secrétariat. C'est a cette époque qu'Yvonne découvre, le dimanche après-midi le cinéma, et aussi ses premiers émois sexuels dans les bras de sa camarade Francine. Surprises les deux jeunes filles doivent quitter la pension. Yvonne obtient de sa tutrice le droit de s'inscrire au cours d'Art Dramatique de Madame Bauer-Thérond (cours dont sont sortis Françoise Arnoul, Anouck Aimée, Roger Hanin...) Chaque année les cours se terminaient par des auditions publiques au théâtre de la Potinière, cinéastes et assistants de metteur en scène y assistaient à la recherche de nouveaux talents.
"Maternité clandestine" - 1953
"Les posséées" - 1955
Des gens sans importanceEn ce mois de juin 1953 elle est remarquée par Fabien Colin l'assistant du metteur en scène Henri Decoin. Yvonne Chazelles du Chaxel décroche un petit rôle dans "Dortoir des grandes" ou elle débute aux côtés de Jean Marais, elle a 18 ans. C'est Decoin qui lui fait adopter le nom de Dany Carrel comme elle le raconte dans ses mémoires : "Devant lui est posé un manuscrit sur la vie du Dr Alexis Carrel; - Carrel... Ça ne te dirait pas Carrel ?.. - Carrel, j'aime bien. - Et le prénom ? - Je m'appelle Yvonne, mais toute mon enfance on m'a appelé Vovonne ou Vonette, c'est horrible.. Je voudrais un prénom qui ne permette aucun diminutif. J'aimerais m'appeler Dany..."
Jusqu'en 1955 elle tournera dans un certain nombre de mélos et de comédies secondaires, "Maternité Clandestine" (Jean Gourguet- 1953), "La cage aux souris" (Jean Gourguet- 1954), ... ou "La patrouille des sables" (René Chanas - 1954) avec Marcel Dalio et Michel Auclair, où elle jouait une jeune berbère. Cinémonde lui consacre une page sous le titre "Dany Carrel réinvente le style Viviane Romance". Elle enchaine la même année avec "Les chiffonniers d'Emmaus" (Robert Darène 1954) ou elle fait la connaissance de Marcel Camus, assistant du metteur en scène, qui deviendra son amant.
1954 c'est Dien Bien Phu "la cuvette imprenable" et Dany Carrel est inquiète pour sa soeur Alice dont elle a réussi à retrouver la trace à l'Ecole du Sacré Coeur de Tourane en Indochine. Elle est institutrice. Le 8 mai 1954 Dien Bien Phu tombe, le 21 juillet l'armistice est signé à Genève, plus rien ne s'oppose au retour d'Alice à Paris.
"Pot Bouille" - 1957
"Porte des Lilas" - 1957
Porte des Lilas
En 1955 René Clair lui offre le rôle d'une prostituée débutante, Rose-Mousse dans "Les grandes manœuvres" où elle donne la réplique à Gérard Philipe dans deux scènes. A la fin du tournage René Clair s'adressant à 'imprésario de Dany, José Behars, dit " Il ne faut plus qu'elle fasse de conneries.. Dans un an j'aurai quelque chose pour elle, mais d'ici là, rien ! Ou bien, uniquement des choses de valeur"
Ce qui ne l'empêcha pas de se retrouver dans des petits rôles, entre autres face à Raf Vallone dans "Les possédées" (Charles Brabant 1955), une libre adaptation de la pièce d'Ugo Betti, "L'ile aux chèvres", ou face à Françoise Arnoul et Jean Gabin dans "Des gens sans importance" (Henri Verneuil 1955)...
Enfin en 1956 arrive le premier rôle promis par René Clair : ce sera la jeune femme à la silhouette de titi des faubourgs en pull-over moulant de "Porte des Lilas", avec Pierre Brasseur, Georges Basens et Henri Vidal. Pour le rôle René Clair la fait maigrir et lui fait couper ses cheveux. "Porte des Lilas" la révèle au grand public et elle connaît la consécration. En 1957 Jean Duvivier lui offre une nouvelle occasion de montrer son talent dans "Pot-Bouille" aux côtés de Gérard Philipe, Danielle Darrieux, Anouk Aimée et Jacques Duby. Elle y tient le rôle de Berthe Josserand, une timide jeune fille qui se transforme peu à peu en séductrice. Duvivier n'hésita pas à la déshabiller et à la filmer seins nus, alors qu'en ces années cinquante peu d'actrices l'acceptait. " Peut-être étais je une actrice un peu indécente à l'écran ?...mais lorsque Julien Duvivier me demanda de me dénuder je lui fis totalement confiance" dit Carrel.
"Un idiot à Paris" - 1966
"Le Pacha" _ 1967
Le Moulin des supplicesEn 1958 sa liaison avec Marcel Camus prend fin. Elle part en Bretagne tourner un film oubliable "Les Naufrageurs" (Charles Brabant) ou elle rencontre l'acteur Carl Schell avec qui elle a une brève aventure, qu'avec un sens imparable de la publicité Schelle saura exploiter dans ses confidences à la presse.
Dans les années 60 Dany Carrel ne trouva pas grâce aux yeux des réalisateurs de la Nouvelle Vague, probablement parce qu'elle avait tourné dans trop de films "populaires" pour leur goût. René Clair, Duvivier, Cayatte, Clouzot sont leurs têtes de Turcs. Ce qui ne l'empêcha pas de participer à de nombreux films. Les amateurs de films d'épouvante se rappellent avec émotion de ses rôles en 1960 dans "Le Moulin des supplices" (Mulino delle donne di pietra - Giorgio Ferroni) et "Les Mains d'Orlac" (Edmond Gréville)
Le tournage des "Mains d'Orlac" eut lieu à Londres aux côtés de Christopher Lee et de Mel Ferrer. "Neron (Christopher Lee) est prestidigitateur. Chaque soir, sur scène, il me scie...je chante , je danse, vêtue d'un simple bikini agrémenté de plumes. Lorsque je tournais ces scènes, Anthony Quinn ne manquait jamais de venir sur le plateau...il répétait "Petite Française, lovely, lovely..." Ce qui memaettait de fort bonne humeur" Dany Carrel. Quelques semaines après elle tourne "Le Moulin des supplices", une histoire de savant fou, film culte du genre aujourd'hui. En 1961 sur le tournage de "Carillons sans joie" elle tombe amoureuse du chef opérateur Ghislain Cloquet.
"La petite vertu" - 1967
Un idiot à ParisDany Carrel en 1962 se tourne vers le théâtre avec"L'idiote" de Marcel Achard, ou elle réussit à s'imposer malgré l'opposition au début du metteur en scène Jean Le Poulain. Ce qui lui permit, ensuite de jouer dans "Le système Fabbrizzi" d'Albert Husson en 1963 qui tient la scène pendant deux ans.
En 1964 elle revient sur les plateaux pour tourner "L'enfer" sous la direction de Clouzot avec Romy Schneider et Serge Reggiani, mais Clouzot est victime d'un infarctus, le film est interrompu et restera inachevé (Le scénario sera repris par Claude Chabrol en 1994). En 1965 "Piège pour Cendrillon" d'André Cayatte lui vaut d'élogieuses critiques mais le film sera un échec commercial... échec qui coïncide avec la fin de son histoire d'amour avec Ghislain . Elle renoue avec le succès populaire grâce à deux films de Serge Korber "Un idiot à Paris" et "La petite vertu". En 1967 elle retrouve Gabin, treize ans après "Des gens sans importance" dans "Le Pacha" (Georges Lautner). En 1968 dans « La prisonnière » de Clouzot, elle est la fille nue sous un imperméable modèle du photographe impuissant joué par Laurent Terzieff.
Dans les années 70, se rendant compte qu' elle ne connaîtra jamais la renommée mondiale dont elle a toujours rêvé elle s'oriente plus vers le théâtre et la télévision pour laquelle elle tourne "la Maison de marbre" (Jacques Trebouta 1977), "le Féminin pluriel (Marcel Camus 1981), "les Nerfs à vif" (Yves Ciampi 1982).. On lui doit la co-production du film d'Yves Boisset R.A.S., un des rares consacrés à la guerre d'Algérie. Elle a eu une fille avec François Mosser. Elle a publié un livre de souvenirs "Dany Carrel : l'Annamite", aux éditions Robert Laffont (1991).
Les grandes manoeuvres - 1955 - Clic pour zoomer
La cage aux souris - 1954 - Clic pour zoomer
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René Clair
René Clair (1898 1981) fils d'un commerçant auvergnat installé à Paris, est élevé dans le quartier des Halles. Il débute comme journaliste. C’est en 1924 qu’il réalise ses trois premiers films, entre fantastique et dadaïsme. C'est son premier film parlant "Sous les toits de Paris" (1930) qui lui permet d'accéder à la notoriété. "Le Million" (1930) et "À nous la liberté" (1931) confirmeront son succès. En 1940, René Clair s'exile à New York. Il tournera 4 films à Hollywood : "La Belle ensorceleuse" (1940), "Ma Femme est une sorcière" (1942), "C'est arrivé demain" (1943) et "Dix Petits Indiens" (1945).
De retour en France en 1946, il tourne "Le Silence est d'or" (1947), "La Beauté du diable" (1949) puis "Les Belles de nuit" (1952) "Les Grandes Manœuvres" (1955 et "Porte des Lilas" (1957). Ses films d’après-guerre sont considérés par la critique comme moins inventifs et plus académiques que ceux de sa jeunesse.
Il est élu en 1960 à l'Académie française. Il participera ensuite à films à sketches ("La Française et l'amour" en 1960 et "Les Quatre vérités en 1962"), "Les Fêtes galantes" sorti en 1965 sera son dernier film.
Il a aussi publié des recueils de poésie et quelques romans.
Julien Duvivier
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Julien Duvivier (1896-1967) commence comme acteur du théâtre. Il débute comme réalisateur en 1919 avec "Halcedama ou le prix du sang".Ils tourne dans les années 1930des oeuvres majeures : "La Bandera" (1935), "La Belle Equipe" (1936), "Pepe le Moko" (1937 film qui fit de Gabin une vedette internationale) et "Un Carnet de bal".
Lors de son exil aux Etats Unis durant la seconde guerre il réalise "Flesh and Fantasy" (1943) et "Six destins" (1944).
De retour en France il réalise en 1951 "Sous le ciel de Paris" et son plus grand succès populaire "Le Petit Monde de Don Camillo" suivi en 1953 par "Le Retour de Don Camillo". C'est en 1957 qu'il réalise "pot Bouille" et en 1958 qu'il fera tourner brigitte Bardot dans "La Femme et le Pantin", son dernier film sera "Le Diable et les dix Commandements".
Prolifique il a tourné plus de soixante films. Il est considéré comme un cinéaste inégal alternant des films qui sont parmi les plus grands du cinéma français, et des œuvres mineures, films de commande faits à la va vite.