"Si les États-Unis veulent la guerre, alors nous nous retrouverons en enfer" Nikita Kroutchev
le 16 juillet 1945 la première explosion atomique de l'histoire de l'humanité se produit dans le désert du Nouveau Mexique. Le 6 aout 1945, le bombardier Enola Gay largue la bombe "Little Boy" sur Hiroshima, imprimant la peur de la bombe et de ses effets dans les esprits de tous les peuples.
Hiroshima marque le début d’une ère où l'homme s’est donné les moyens d'une apocalypse nucléaire. Albert Camus, dans le journal "Combat" du 8 aout 1945 écrit dans un éditorial non signé : «Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles»
La fin de la Seconde guerre mondiale modifie profondément la géostratégie mondiale avec la mise au point d’une nouvelle arme, la bombe atomique et un nouveau rapport des forces : la scène internationale est désormais dominée par l’URSS et les États-Unis. "Plus nous nous éloignons de la fin de la guerre et plus nettement apparaissent les deux principales directions de la politique internationale de l'après-guerre, correspondant à la disposition en deux camps principaux des forces politiques qui opèrent sur l'arène mondiale : le camp impérialiste et antidémocratique, le camp anti-impérialiste et démocratique. Les États-Unis sont la principale force dirigeante du camp impérialiste.(...) Les forces anti-impérialistes et antifascistes forment l'autre camp. L'URSS et les pays de démocratie nouvelle en sont le fondement.." 1947 - Jdanov, ministre des affaires étrangères de l'URSS
Juillet 1945, sur le site aprés l'explosion test de la bombe atomique au Nouveau Mexique
De 1945 à 1949 les américains ont le monopole de la bombe atomique. Mais dès 1946 Staline installe un centre de recherches (connu sous le nom d'Arzamas 16) à Sarov, à 500 kilomètres à l'est de Moscou, dans la région de Nijni Novgorod
En 1948 Staline s'engage dans un rapport de force avec les occidentaux à travers le Blocus de Berlin Ouest (l’objectif de Staline était d’éviter la partition de l’Allemagne pour faire basculer le pays tout entier dans l’orbite soviétique), la résolution des États-Unis et l'instauration du pont aérien pour ravitailler Berlin met cette tentative en échec. Mais Le blocus de Berlin est alors pour les occidentaux la confirmation de la menace soviétique.
L'explosion de la première bombe atomique soviétique en août 1949, suivie en octobre 1949 de la proclamation de la République Populaire de Chine entraîne une véritable paranoïa américaine est surprise, ses experts n’avaient pas imaginé une acquisition aussi rapide de l'arme atomique par l'URSS. les journaux titrent "les rouges ont la bombe", les américains sont désormais persuadé de l'imminence d'une guerre nucléaire.
Pour l'administration américaine l’URSS est "animée par une foi fanatique, antithétique à la nôtre et cherchant à imposer son autorité absolue sur le reste du monde". Ce climat de paranoïa se traduira par la "chasse aux sorcières" du sénateur MacCarthy, et par l'affaire Rosenberg . Nombres d'intellectuels progressistes américains après avoir cru à l’entente avec l’URSS, se rallient à l'idéologie de la Guerre froide
Des documents déclassifiés de la CIA montrent que dès la fin de la guerre les États Unis se montrent inquiets que d'autres États, amis ou ennemis, puissent se doter de l'arme nucléaire. Dès 1946, le premier pays espionné est bien évidemment l'URSS, mais aussi la France car pour la CIA "Il est bien connu qu'au Commissariat à l'énergie atomique français, tous (les responsables) sont des communistes ou des sympathisants communistes... "
Brochure de la défense civile américaine - Signalétique d'un abri atomique public
Abri anti atomique
Survival under atomic attack - 1950Les agences améri- caines de défense civile ont, dans les années 50, construit partout dans le pays des abris, marqués du trèfle noir et jaune, remplis de provisions. Dans les journaux des publicités proclament "prévoyez votre abri dès maintenant". L'administra- tion américaine publie en 1950 une brochure "Survivre à une attaque atomique" expliquant les comportements à adopter en cas d’urgence. comment se protéger, protéger son alimentation et son eau, que faire si l'on a été exposé aux radiations..... Un film "Survival Under Atomic Attack" reprenant les conseils de la brochure sera aussi produit. En 1951 un dessin animé de 9 minutes "Duck and Cover" ("Plonge et Couvre-toi !") est projeté dans les écoles, Bert, une tortue, explique la méthode : en cas d'attaque, si l'on voit le flash caractéristique d'une bombe atomique, il faut plonger et se couvrir, quelle que soit la situation !
Duck & cover - 1951
Les États Unis vont se lancer dans la concep- tion de la bombe thermonucléaire (Bombe H), dans le but étant de conserver à tout prix l'avantage : c'est départ de la course aux armements.
Oppenheimer, Fermi et Einstein, Frédéric Joliot-Curie lancent le 19 mars 1950 l'appel de Stockholm contre l'armement nucléaire est lancée par le Mouvement mondial des partisans de la paix - d'inspiration communiste - et par Frédéric Joliot-Curie. Le texte stipule: "Nous exigeons l'interdiction immédiate de l'arme atomique, arme d'épouvante et d'extermination des populations.[...] Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait contre n'importe quel pays l'arme atomique, commettrait un crime contre l'humanité et serait à traiter comme un criminel de guerre. Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel." L'appel de Stockholm sera signé par plus de 150 millions de personnes dans le monde entier.
Le général américain MacArthur après un désastre militaire en Coréeet la prise de Séoul par les Nord-coréens est prêt à utiliser l'arme nucléaire pour frapper les bases arrières de ceux-ci en Chine, le Président Truman s'y opposera finalement.
Canada, stand de la Défense civile
Seul au monde après l'apocalypse nucléaire "The Flesh, the World and the Devil" 1959
La Grande- Bretagne teste sa bombe atomique, le 3 octobre 1952. En novembre 1952, les États- Unis teste la bombe H, lors de son explosion, elle détruit entièrement l'île d' Elugelab, ou elle est testée et creuse un cratère sous-marin de 1370 m de diamètre. Le 19 août 1953, l’Union soviétique annonce qu'elle aussi désormais maitrise la technologie thermonucléaire.
C'est alors qu'Eisenhower prononce, le 8 décembre1953, son discours sur "L'atome au service de la paix" aux Nations unies dont le but premier était d »éviter la prolifération de l'arme atomique, compte tenu qu'à cette époque on estimait que de très nombreux pays seraient bientôt à même de se doter de l'arme nucléaire, et Eisenhower en échange d'une non prolifération offrait de mettre a la disposition de ces pays une technologie atomique non militaire. "Les États-Unis affirment devant vous – et, par conséquent, devant le monde entier – leur détermination à aider à résoudre le terrible dilemme atomique, à s’employer corps et âme à faire en sorte que l’inventivité miraculeuse de l’homme soit mise au service non pas de la mort, mais de la vie". Cette initiative amena la création de l'Agence internationale de l'énergie atomique.
Cependant l'URSS n'a pas les moyens d'atteindre le territoire américain alors que les américains peuvent toucher Moscou depuis l'Europe, l'union soviétique ne peut faire peser la menace que sur l'Europe et n'ont pas les moyens d'atteindre directement le territoire des USA, ceux-ci font savoir aux Soviétiques qu'en cas d'agression de l'Europe, les représailles donneront lieu à l'emploi de l'arme atomique.
En 1956 Nikita Kroutchev, lors de la crise de Suez et de l'attaque de l'Egypte, (suite à la nationalisation du canal par Nasser) par des troupes Françaises, anglaises et Israéliennes, menace d'avoir recours à l'arme nucléaire si l'Égypte n'est pas évacuée. Les américains exigent le retrait des troupes franco-anglaises sous peine de sanctions économiques.
John Kennedy et des officers supérieurs lors de la crise de Cuba
Crise de Cuba : un cargo soviétique avec les missiles nucléaires
Le 4 octobre 1957, le succès de Spoutnik offre aux soviétiques soviétique la maitrise de la technologie des missiles intercontinentaux le territoire des États-Unis est à portée de tir, "l'équilibre" est rétabli. En 1958 les américains mettront à leur tour au point des missiles intercontinentaux et en 1959 ils lanceront le "Polaris" premier sous-marin lanceur d'engins.
En France le premier essai a lieu en février 1960 dans le Sahara algérien. C'est le quatrième pays a maitriser le nucléaire après les États Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne.
En 1961 le magazine Life publie un numéro spécial avec un dossier de conseils pour survivre à une guerre nucléaire, avec à la une une lettre signée Kennedy appelant à prendre très au sérieux le dossier de Life "Les armes nucléaires et le possibilité d'une guerre nucléaire sont des faits réels, que nous ne pouvons ignorer aujourd'hui... Des abris sont prévus... ces abris sont pourvus de stocks alimentaires et médicaux pour une semaine, et d'une réserve d'eau pour deux semaines.....Le pouvoir de survivre et la volonté de survivre sont donc également essentiels à ce pays"
La crise de Cuba du 16 octobre au 28 octobre 1962 oppose les États-Unis et l'Union soviétique. A la suite du débarquement de la Baie des Cochons sen 1961, ou les opposants à la révolution cubaine débarquèrent avec l'aide et le matériel de la CIA pour reprendre l'île de Cuba aux castristes, Fidel Castro s'est tourné vers l'URSS et devient son allié. Le 14 octobre 1962 un avion de reconnaissance américain repère la présence de missiles et la construction de rampes de lancement sur l'île. Des navires soviétiques transportant des ogives nucléaires et faisant route vers Cuba sont repérés aussi. Ainsi commence le bras de fer le plus dangereux du siècle. Kennedy répond par le blocus des côtes cubaines et dans son discours du 22 octobre 1961 n'écarte pas la possibilité d'une guerre nucléaire. Les navires russes approchant de Cuba, les américain devront les intercepter et la guerre apparait inévitable car celui qui cède apparaitra comme faible. "Si les États-Unis veulent la guerre, alors nous nous retrouverons en enfer" dira Khrouchtchev. En fait après deux semaines de crise, les bateaux rebroussent chemin et les missiles déja installés sont retirés sur ordre de Nikita Khrouchtchev le 26 octobre après engagement écrit de non-invasion de Cuba par le président Kennedy.
Cuba va montrer que Russes et Américains ont besoin de négocier pour éviter une crise fatale ce qui débouchera sur la politique de la détente avec notamment l'installation d'une ligne de téléphone directe entre la Maison blanche et le Kremlin, le célébrissime téléphone rouge.
1962 abri construit en Virginie par Adam Yarmolinsky, haut fonctionnaire de la Défense
"Little Boy" la bombe d'Hiroshima - Clic pour zoomer
USA - Affiche de la Défense Civile 1955- Clic pour zoomer
USA - Affiche de la Défense Civile 1960- Clic pour zoomer
L'Opération Cue
L'opération Cue s'est déroulée le 5 mai 1955 sur le site d'essai du Nevada, Yucca Flat. Il
s'agissait de tester l'effet d'une explosion atomique. La bombe avait
une puissance de 30 kilotonnes. Ce n'était pas le premier essai du
genre mais celui ci a été diffusé à travers tout la pays par la radio,
la télévision et la presse. Ce test portait sur les effets d'une
explosion nucléaire sur une ligne à haute tension, sur des structures
métalliques, sur de produits alimentaires, des vçetements (portés par
des mannequins). 5800 témoins civils et militaires ont suivi ce test.
Operation Cue - Peu après l'explosion - Clic pour zoomer
Operation Cue - Les mannequins - Clic pour zoomer
Film de la défense civile sur l'Opération Cue
Cinéma et Bombe atomique
La grande peur de l'apocalypse nucléaire marque le cinéma des années 50, c'est elle qui enfante le monstrueux Godzilla (1954) monstre délivré des enfers par l'explosion atomique et qui génère mutants et animaux gigantesques. L’homme subi des mutations génétiques se retrouve rétréci ("The Incredible shrinking man", "L'homme qui rétrécit" 1957 Jack Arnold) ou seul dans un monde ou toute trace de vie humaine semble avoir disparu après le passage d'un nuage radioactif comme dans "Le monde, la chair et le diable" ("The World, the Flesh and the Devil" 1959), de Ranald MacDougall.. Dans "The Story of Mankind" Irwin Allen 1957) le Tribunal Suprême, au ciel se réunit pour décider si l'Humanité qui vient d'inventer la bombe H sera livrée à elle-même au risque de s'entre-détruire ou si des forces célestes vont être mobilisées pour l'empêcher de courir à sa perte... Plus indirectement on peut voir des images d'un monde post apocalytique dans "La beauté du diable" (1950) de René Clair. Sans oublier bien sur au début des années 60 Stanley Kubrick et son "Docteur Folamour" chef-d’œuvre d’humour noir sur le péril atomique
"The world, the Flesh and the Devil"
"The Incredible shrinking man"
"Dr Folamour"
L’accident nucléaire de Tcheliabinsk en 1957
Au complexe nucléaire de Tcheliabinsk-40, URSS, le 29 septembre 1957 à 16h30 (heure locale) dans un centre de stockage de déchets radioactifs une surchauffe radioactive provoque une explosion thermo-chimique " Les instruments de contrôle. reconnaît Eugene Drozkho, responsable de la sûreté nucléaire. n'étaient pas efficaces. Le système de refroidissement de ces installations n'était pas des meilleurs et il était impossible de mesurer avec précision le niveau des cuves et l'homogénéité des matières nucléaires qui y baignaient. Alors, raconte-t-il, quand les cuves débordaient, le système de refroidissement se contaminait et on devait l'arrêter pour le nettoyer."
" C'est au cours d'une telle opération, raconte Alexander Souslov, ingénieur en chef de Tcheliabinsk-40, que le contenu d'une des cuves s'est mis à bouillir, que les nitrates et les acétates ont précipité au fond de la cuve, sont montés en température sous l'effet des déchets radioactifs et se sont enflammés brusquement - à cause d'un court-circuit ? - répandant dans l'environnement quelque 20 millions de curies sous l'effet de cette explosion, correspondant à celle d'une charge de 500 tonnes de TNT, 90 % des matières retombèrent a proximité immédiate du site de stockage, créant une zone où la radioactivité atteignait 360 roentgens par heure dans un rayon de 10 à 20 mètres. ".
En tout vingt-trois villages sont évacués (10 200 personnes) pour éviter nuage de particules radioactives qui finit par contaminer une zone de 1 000 kilomètres carrés. Le pouvoir soviétique maintint le secret sur cet accident jusqu'aux révélations d'un biologiste russe, Zohres Medvedev, immigré en Grande Bretagne en 1976. mais ce n'est qu'à partir de 1992 qu'un programme a été lancé pour mener des études scientifiques et des travaux concrets sur les conséquences de l'accident
Incendie à la centrale de Windscale en 1957
Les réacteurs de Windscale fonctionnent à basse température, et le graphite s’y trouve à moins de 200°C. Or à ces températures, le graphite est sujet à ce que l’on appelle l’effet Wigner, qui peut porter le graphite à 1200°C et provoquer un incendie, pour éviter cet effet, il faut chauffer le graphite deux fois par an, c’est l’opération de "recuit", qui est entreprise le 7 octobre 1957 à 19h25 sur le réacteur numéro 1 de Windscale. Une opération qui n'est pas sans risques et qui cette fois se déroula de façon desastreuse. Le 10 octobre l'augmentation de la radioactivité au niveau de la cheminée confirmait que le graphite avait pris feu. Après l'échec de l’injection de gaz carbonique puis d' eau, il est décidé le 12 octobre d’arrêter les ventilateurs (qui étaient maintenus pour protéger les opérateurs de la contamination) et le feu s’éteignit.
Aucune mesure d'évacuation n'a été prise, des mesures de précaution : interdiction de la consommation de certains produits et contrôle des livraisons de lait pendant deux mois sur une zone de 500 km².