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L'affaire Dominici
Faits divers des années 50/60
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Gaston Dominici lors du procès à Digne - novembre 1954

A consulter sur le sujet
>> Archives video INA sur l'affaire Dominici
>> L'affaire de Lurs-Dominici Eric Guerrier (lien Alapage)
>> L'affaire Dominici Dvd film de C Bernard-Aubert (lien Alapage)

 

 
 
" Deux familles, à plus de 2 000 kilomètres l'une de l'autre, a résumé l'écrivain Jean Giono. Nuit d'août. Les deux familles se rencontrent. L'une disparaît, l'autre vole en éclats."

Le 27 juillet 1952, une famille britannique débarque à Dunkerque, pour passer quelques jours de vacances en France. Sir Jack Drummond directeur de laboratoire, 61 ans, est accompagné de son épouse, Lady Ann née Wilbraham, 47 ans, et de leur fille Elisabeth, 10 ans. Le 4 aout la famille Drummond assiste à un spectacle taurin à Digne, dans la soirée Sir Jack s'arrête au bord de la route nationale dans la commune de Lurs pour 'y passer la nuit.L'endroit choisi, se trouve à 150 mètres de la ferme de la Grand'Terre habitée par une famille de cultivateurs, les Dominici : Gaston Dominici, 75 ans, son épouse, Marie 71 ans, leur fils Gustave, 32 ans, leur belle-fille Yvette, 20 ans, et du petit Alain, fils de Gustave et Yvette, 10 mois. Le lendemain matin, vers 6 h, Gustave Dominici arrête un motocycliste et lui demande de prévenir la gendarmerie qu'il vient de découvrir un cadavre.

dominici_les-drummond.jpgLa famille Drummond
Sir Jack, Lady Ann,
leur fille Elizabeth
Arrivés sur les lieux les gen- darmes consta - tent la présence non d'un, mais de trois corps. Celui de Lady Ann, enroulé dans une couverture, se trouve près de la voiture et celui de Sir Jack, couvert d'un lit de camp renversé, du côté opposé de la route; ils semblent l'un et l'autre avoir été tués par balles d'armes à feu. Plus loin en bas d'une pente se trouve Elisabeth elle porte à la tête des traces de coups profonds Les gendarmes ont trouvé sous son corps un éclat de bois qui provenait de la crosse d'une carabine. Les corps seront inhumés en présence d'une foule nombreuse. L'émotion sera considérable dans la région. La presse anglaise réclame que toute la lumière soit faite sur ce crime, les responsables politiques locaux promettent justice.
 

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lL'affaire Dominici dans "Détective" - 23/12/53 - 15/11/54 - 06/12/54

 
sebeille_albert.jpgLe commissaire
Edmond Sebeille,
le capitaine
Henri Albert

C'est dans ce climat passionné que le commissaire Edmond Sébeille de la police judiciaire de Marseille doit débuter son enquête. Le triple crime de Lurs est vite devenu l'affaire Dominici. Surtout lorsqu'on a repêché dans un trou d'eau une vieille carabine américaine à laquelle il manquait un éclat de bois. L'arme ne semblait appartenir à personne, mais lorsque le commissaire Sébeille l'a montrée à Clovis Dominici, le fils aîné a été pris de saisissement et est tombé à genoux. A-t-il dès ce moment reconnu l'arme? On n'en tirera rien de plus.

Gaston Dominici déclare qu'il a aperçu les trois Anglais et leur voiture sous le mûrier, le soir du 4 août vers 19 h 30. Puis il a été réveillé dans la nuit, une première fois vers 23 h par un motocycliste qui appelait dans une langue étrangère et une seconde fois un peu après 1 h par les aboiements de son chien et des coups de feu. Il n'a pas entendu de cris. Il affirme ne pas connaître la carabine Rock-Ola. De son côté, Gustave dit qu'à son retour des champs, le 4 août vers 20 h il a vu les trois campeurs, sans leur parler. Comme son père, il a été réveillé dans la nuit, ainsi que sa femme, successivement par le motocycliste étranger et par les coups de feu. Ils n'ont pas entendu de cris. Il s'est levé vers 5 h 30 et c'est alors qu'il a vu le corps de la fillette morte. Il ne s'en est pas approché, mais a couru jusqu'à la route nationale où il a fait signe de s'arrêter au motocycliste puis il est rentré chez lui pour attendre les gendarmes. Il déclare n'avoir jamais vu l'arme du crime.

Gustave Dominici semble d'ailleurs fort mal à l'aise comme s'il avait quelque chose à cacher. On l'interroge de nombreuses fois afin qu'il précise dans quelles circonstances il a découvert le corps de la petite fille. Gustave hésite et se contredit. Une reconstitution est alors décidée. Gustave Dominici admet qu'il a bien vu les trois corps et qu'il les a même déplacés. Plus grave pour lui, il reconnaît avoir vu la fillette bouger et n'avoir rien fait pour lui porter secours. Il sera condamné plus tard à deux mois de prison pour non-assistance à personne en danger.
 

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Gaston Dominici lors du procès à Digne - novembre 1954

 
Gustave Dominici va devenir le suspect numéro 1. Interrogé sans relâche. pendant plusieurs mois il craque : l'assassin, c'est son père le vieux Gaston. Interrogé à son tour, Clovis, le fils aîné, confirme les déclarations de son frère et raconte aux enquêteurs que son père lui a avoué être l'auteur du triple crime. A la question de savoir s'ils connaissent l'arme du crime, ils sont affirmatifs : la carabine Rock-Ola appartenait à leur famille et était cachée dans le hangar de la ferme. Nous sommes en novembre 1953. L' après midi même le commissaire Sébeille interroge Gaston sur les déclarations de ses fils, mais n'obtient aucun résultat, il suspend l'interrogatoire à 18 h et décideGaston Dominici passera la nuit au palais de Justice de Digne, sous la garde d'agents de police. Au cours de cette garde, dans la soirée, Gaston avoue à son tour : "C'est un accident, ils m'ont attaqué, je les ai tués tous les trois." Mais il suggère bientôt que la carabine appartenait à Gustave, et qu'il s'est sacrifié pour ses petits-enfants. Puis il raconte, avant de se rétracter, qu'il a commis "un péché d'amour" avec la dame anglaise, et que son mari les a surpris...

 

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Clovis Dominici accuse son père au procès

 
dominici_la-sardine.jpgLa famille de
Gaston Dominici
à la Grande-Terre,
ses petites-fille,
son fils Gustave,
sa belle-fille Yvette
sa femme
"la sardine"
Aux assises de Digne, en novem bre 1954, la salle est pleine et les débats sont hou- leux. La famille Dominici fait bloc autour de Gaston. Yvette et Gustave reviennent sur leurs déclarations, seul Clovis tient bon, mais le procès se perd : tous ont dissimulé quelque chose, refusé des évidences, multiplié les revirements. Gaston, dans son box, regarde ses enfants se déchirer, joue tantôt au sourd, tantôt au malin, il proclame son innocence. Honni par toute sa famille, Clovis la conteste. Gustave soutient son père, mais trop mollement au gré de celui-ci qui l'interpelle avec véhémence, l'adjurant de dire la vérité et laissant entendre qu'il se trouve en prison à sa place. Gaston fait également peser sa suspicion sur son fils Clovis et son petit-fils Roger Perrin, mais sans précision. Yvette cesse de charger son beau-père. Il est condamné à mort le 28 novembre 1954.

Quelques jours après sa condamnation, Gaston Dominici convoquera ses avocats afin de leur faire part de déclarations qualifiées "d'importantes".
Dans sa prison, il leur dira avoir surpris lors de la matinée du 5 août 1952 une conversation entre Gustave et son épouse Yvette où il était question de fillette déplacée et de bijoux. Le Garde des Sceaux qui ordonnera une nouvelle information pour complicité de meurtre. Un nouveau juge d'instruction et des policiers parisiens seront désignés pour enquêter.

gaston-dominici_1.jpgIls terminent ce travail au début de 1956 et déclarent penser que Gustave Dominici est l'auteur du meurtre des époux Drummond, sans cependant que la preuve irréfutable en soit apportée. Ils ajoutent que dans l'hypothèse la plus favorable, Gustave Dominici est au moins co-auteur ou complice des deux derniers meurtres. Ils considèrent que la poursuite de l'instruction judiciaire devrait permettre de déterminer sa juste part de sa responsabilité, et qu'il en est de même pour Roger Perrin. Les soupçons ainsi formulés contre Gustave Dominici et Roger Perrin apparaissent trop peu précis pour étayer des inculpations. Après quelques ultimes vérifications, une ordonnance de non-lieu qui clôture la seconde instruction concernant le triple crime de Lurs est rendue le 13 novembre 1956 par le juge.

En 1957, le président de la République René Coty commue la peine de mort de Gaston Dominici en travaux forcés à perpétuité. Trois ans plus tard, en 1960, le général de Gaulle lui accorde sa grâce complète, et il recouvre la liberté. Le patriarche de la Grand'Terre meurt à Digne en 1965, âgé de 88 ans.

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Jamais sans doute une affaire judicaire n'aura été autant commentée, critiquée, disséquée dans l'Histoire de la Justice française. Des centaines d'articles, plusieurs livres, un documentaire inachevé de Welles, un film avec Jean Gabin et Gérard Depardieu, un téléfilm avec Michel Serrault et Michel y seront consacrés.

En 1955, Orson Welles réalise un film de 26' sur l'affaire Dominici, intitulé "The Tragedy of Lurs" - du nom du village où a eu lieu le drame. "L'Affaire Dominici par Orson Welles" présente ce film, inachevé, et aujourd'hui restauré. C'est le seul document tourné peu après le procès dans lequel s'exprime une grande partie des protagonistes. Cette première expérience télévisuelle d'Orson Welles est une plongée dans l'Histoire : celle de la télévision et du cinéma et celle de la rencontre improbable entre deux "monstres" de notre époque, Orson Welles et Gaston Dominici

Le téléfilm sur l'affaire produit par TF1 avec dans les rôles principaux Michel Serrault et Michel Blanc dans la peau du commissaire Sébeille qui en la circonstance en prend pour son grade, reprend la thèse de William Reymond, jugée par les connaisseurs de l'affaire "délirante", développée dans son livre "Dominici non coupable, les assassins retrouvés". Jack Drummond était un chimiste célèbre dans la communauté scientifique mais il se serait aussi livré à des activités d'espionnage industriel en France. Il serait devenu ainsi une cible privilégiée du KGB qui tentait par tous les moyens de détourner ou d'éliminer les scientifiques de l'Ouest.Reymond n'apporte cependant aucun élément probant pour étayer cette théorie.