Mai 1947 : la HUAC (House Un-American Activities Committee), dirigée par J. Parnell Thomas, décide de lancer une vaste opération "anti-rouges" sur Hollywood et le cinéma."Hollywood était un moyen facile pour la Commission de faire les gros titres des journaux, avant de se tourner vers les milieux politiques, industriels et militaires" Nean Graber, historien.
Dès 1938 la Chambre des représentants met en place une commission sur les Activités non-américaines (House Un-American Activities Committee, HUAC) pour combattre les influences nazies, fascistes et communistes aux États-Unis. En 1940 l'Alien Registration Act ou Smith act oblige tout étranger désirant entrer sur le sol américain à répondre à la question : "Etes-vous ou avez-vous été membre du Parti Communiste ou d'une organisation qui lui est affiliée ?". La HUAC ne reculant devant aucun ridicule interrogera Shirley Temple en 1938, suspectée d’être communiste à dix ans !.
En 1945, le Président Harry Truman. met sur pied une commission chargée d’enquêter sur la loyauté des fonctionnaires fédéraux, le "loyalty order" oblige les administrations à interroger leurs employés et à renvoyer ceux qui présenteraient un risque pour la sécurité des Etats unis par leurs activités ou même leurs opinions. De 1947 à 1953, 26 000 employés de l'administration fédérale font l'objet d'une enquête du FBI ; 16 000 sont déclarés innocents ; 7 000 démissionnent et 739 sont révoqués, soit parce qu'ils appartiennent à une des organisations classées subversives, soit pour immoralité sexuelle ou homosexualité, ou pour usage de drogue.
Le président de l'HUAC Parnell Thomas (plus tard condamné pour corruption) devant la presse, à la tribune Richard Nixon - 1947
Gary Cooper témoigne à l'HUAC 1947 - Robert Stripling et Richard Nixon (membrede l'HUAC) examinent des documents cités
C'est dans ce contexte que les auditions de la HUAC sur Hollywood commencent le 20 octobre 1947, avec vingt-quatre témoins "amicaux", parmi lesquels Walt Disney, Jack Warner, Adolphe Menjou, Louis B. Mayer, Robert Montgomery, Gary Cooper, Ronald Reagan ou Robert Taylor. Le 24 octobre Walt Disney témoigne devant la Commission et dénonce trois de ses anciens collaborateurs - Herbert K. Sorrell, David Hilberman et William Pomerance - qu’il estime être des sympathisants communistes. Reagan était à l'époque le président du Screen Actors Guild, et il a utilisé son poste de président pour fournir des informations sur tous les acteurs qu’il soupçonnait ou savait être communistes ou sympathisants.
Le 27 octobre ont lieu les auditions des témoins "inamicaux", scénaristes, techniciens, réalisateurs et acteurs soupçonnés d'être membre du Parti communiste ou d'avoir des relations avec lui. Ils refusent de répondre aux questions de la commission, même les plus banales, comme leur appartenance ou non à la Guilde des scénaristes, en invoquant le premier amendement de la constitution garantissant la liberté de penséee et d'expression. Le 30 octobre, la Commission se ridiculisant , et n’arrivant à rien, les auditions sont suspendues. Seuls dix des dix-neuf témoins "inamicaux" ont été entendus. Les "Dix" ( Herbert Biberman, Lester Cole, Albert Maltz, Adrian Scott, Samuel Ortiz, Dalton Trumbo, Edward Dmytrick, Ring Lardner , John Edward Lawson, Alvah Bessie), seront, suite à cela, en novembre 1947, inculpés d'outrage au Congrès et condamnés à des peines de prison en 1950.
Ils reçurent le soutien de vedettes du métier comme Humphrey Bogart, Lauren Bacall, Groucho Marx, Frank Sinatra, Katherine Hepburn qui fondent un Comité pour le premier amendement et contestent à la commission le droit d'interroger quiconque sur son appartenance politique.
Donald Trumbo, un des "dix", refuse de témoigner et déclare "c'est le début des camps de concentration américains" - 1947
La première "liste noire" sera le fait de cinquante dirigeants de studios hollywoodiens (y compris Louis Mayer, Jack Warner, Samuel Goldwyn), qui réunis au Waldorf Astoria adoptent une résolution par laquelle ils décident "qu'aucun communiste ou subversif ne serait employé sciemment à Hollywood". Dans les jours qui suivent, les "dix d’Hollywood" sont licenciés, et une "liste noire" de tous ceux qui refusent de témoigner ou sont suspectés de sympathies communistes est établie.
En gage de bonne conduite les studios se mettent à produire de films des propagande anti-communistes et anti-soviétiques, comme "Big Jim McLain", "Guilty of Treason", "The Red Menace", "The Red Danube", "I Married a Communist", "Red Planet Mars" ...
Au début des années cinquante la chasse aux sorcières se généralisera, sous la direction du sénateur McCarthy, à partir de 1951 la délation devient la règle, des listes noires circulent avec les noms de ceux qu'il faut écarter. Au final les listes noires concerneront plus de tois cents acteurs, scénaristes et metteurs en scène qui devront s’exiler ou se servir d'un prête-nom pour travailler. Charlie Chaplin, Bertold Brecht, Jules Dassin quitteront les Etats-Unis. Donald Trumbo "obtiendra" un Oscar pour le scénario de "Vacances Romaines" sous un "pête-nom" (celui de son ami Ian McLellan Hunter).
Les "dix" au fond : Lardner, Dmytryk, Scott; rangée du milieu :Trumbo, Lawson, Bessie, Ornitz; premier rang Biberman, lawyers Martin Popper and Robert W Kenny, Maltz and Cole - Manifestation contre la HUAC - 1947
"A cette époque, parmi vos amis, parmi les gens que vous admiriez, se levaient soudain des agents provocateurs clamant : "les communistes arivent ils vont tout détruire" (...) quiconque exerçait une activité le mettant en relation avec le public devait signer un document écrit par lequel il jurait n'avoir jamais appartenu ni jamais eu l'intention d'appartenir, de quelque manière que ce soit, au Parti communiste ou à tout autre organisation"subersive".(...) Quand gagner sa vie dépend d'une signature on en arrive au totalitarisme, très exactement à ce que combat et venait de combattre l'Amérique..." Joseph Mankiewicz, réalisateur. En avril 1951, Dmytrik, un des "dix", nécessité alimentaire faisant, livre les noms de vingt-six communistes de Hollywood. Elia Kazan, qui milita au parti communiste de 1934 à 1936, dit à la HUAC en 1952 ce qu'ilpense savoir sur l'emprise communiste dans le cinéma, il dénonce de nombreux acteurs ce qui lui a vaut d’être surnommé "le Rat".En forme d'autojustification il tournera "Sur les quais", apologie de l'indic, qui brise la loi du silence pour faire triompher la justice.
Manifestation de soutien à la HUAC du Parti nationel socialiste américain - 1960
Jerry Rubin - 1968
C'est le 17 juin 1957 que la cour Suprême mettra fin à la chasse aux sorcières. Quant à la HUAC elle sombrera dans le ridicule à la fin des années 60 en s'attaquant à Jerry Rubin et Abbie Hoffman, activistes et fondateurs du mouvement Yippie. Ne respectant ni ne craignant cette commission ils s'emploient à la ridiculiser publiquement. Jerry Rubin raconte : "Je me suis rendu à l'audition de l' HUAC avec une cartouchière garnie de vraies balles et un faux M-16 sur l'épaule. (...) Les porcs m'ont arreté à la porte. Ils se sont emparés du fusil et de la cartouchière. (...) La presse et les yippies nous entouraient étroitement. Les flics m'emmenèrent trois volées de marches plus bas, enlevèrent les balles, me laissèrent le fusil, le pyjama Viet Cong , les badges d' Eldridge Cleaver le béret des Black Panthers, les peintures de guerre, les boucles d'oreilles, la cartouchière et les clochettes qui sonnaient à chaque mouvement que je faisais. Mon costume portait un message non verbal: “Nous devons tous devenir des guérilleros défoncés ” (...) Dans la salle d'audience de l'HUAC Abbie Hoffman sauta sur ses pieds et cria , “Puis-je aller aux toilettes ?” (...)J'ai porté un déguisement de Père Noël à l' HUAC deux mois plus tard pour atteindre le coeur de chaque enfant du pays."