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| 17 avril 1950, Brest, les forces de l'ordre tirent sur une manifestation |
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| "Un homme est mort" Kris et Étienne Davodeau |
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Pour en savoir plus :
>> Un homme est mort Bande dessinée de Kris et Étienne Davodeau (lien Alapage)
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1950, Brest : entre 6 et 7000 ouvriers du bâtiment œuvrent encore à la reconstruction de la ville totalement détruite à a fin de la guerre. La plupart logent dans les baraques provisoires de l'Office National pour le Cantonnement des Ouvriers de la Reconstruction (ONCOR). Ouvriers maghrébins et paysans du Léon se côtoient sur les chantiers. Les salaires sont dans la moyenne nationale mais ils ne permettent pas de faire face dans un contexte de pénurie.
Le 17 mars ils se mettent en grève avec comme revendication une augmentation de 15 francs de l'heure. Le 24 mars ils sont rejoints par les dockers et les traminots. Brest compte alors 13000 grévistes sur une population totale de 150 000 personnes. Le 30 mars le comité de grève du bâtiment accepte de ramener sa revendication à une augmentation de 10 francs, les dockers refusent de débarquer le matériel américain pour armer l’OTAN face à l’Union soviétique
Le 31 mars un cortège se trouve face aux gardes mobiles, des grenades lacrymogènes sont utilisées, les dockers désarriment deux cents futs de vin (vides pour la plupart) qui roulent à la mer, quelques uns arrivent sur les gardes mobiles. Cinq manifestants seront arrêtés. Début avril quelques entreprises du bâtiment accordent une augmentation de 10 à 20 francs de l'heure.
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Brest en 1945
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Brest en 1950 : chantiers et baraquements - collection AM
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Le 14 avril, a lieu une manifestation de l'Union des femmes françaises devant la mairie, menée par Marie Lambert, députée communiste, pour réclamer une aide alimentaire : du pain et du lait pour les enfants. Elle sont refoulées sans ménagement. Le 15 Pierre Prévosto, responsable patronal a droit à une "conduite de Grenoble", il est conduit a travers une haie de manifestant à la Maison des Syndicats ou on le somme de s'expliquer. Il porte plainte ce qui entraine l'arrestation le 16 de Marie Lambert (en principe protégée par l'immunité parlementaire) et de deux responsables de la CGT. Le climat social déjà tendu s'alourdit encore.
Le comité intersyndical de grève appelle à manifester le 17 avril. Le jour même le maire de Brest, Alfred Chupin, prend arrêté municipal d’interdiction (qui sera antidaté du 16 pour lui donner valeur légal)
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Brest en 1950 : les premieres manifestations d'avril - le Maire Alfred Chupin- collection AM
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| "Un homme est mort" Kris et Étienne Davodeau
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Pierre Cauzien, âgé à l'époque de 27 ans et délégué syndical raconte "Comme les autres, je suis à la fois surpris et scandalisé par l’incroyable déploiement policier : c’est un véritable mur d’uniformes et de casques qui barre le boulevard. Du jamais vu dans notre cité ! Face à ce premier barrage, la colère monte". Aux grenades lacrymogènes répondent cailloux et boites de conserve. Un véhicule de Police est renversé. Devant une charge violente le cortège se replie, trois manifestants sont blessés aux jambes par des balles. "Allez-y, tirez, mais tirez en l’air", aurait ordonné le commissaire Le Goan, selon le rapport rédigé par un capitaine de gendarmerie "Aussitôt, quelques coups de feu sont partis, un homme est tombé parmi les manifestants. J’ai immédiatement donné l’ordre de cesser le feu (…)" poursuit-il..
Edouard Mazé, 26 ans, est tué d'une balle en pleine tête. Les syndicats appellent à la grève générale. l’Humanité titre : "Le gouvernement fait tirer sur des Français : un ouvrier assassiné par des CRS à Brest". Le 19 avril des dizaines de milliers de personnes accompagnent Edouard Mazé à sa tombe ou sera gravée l'épitaphe « Mort pour le pain, la paix et la liberté ». |
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| "Un homme est mort" Kris et Étienne Davodeau |
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| Brest 1950 : Pierre Mazé - Cortège pour l'enterement de Mazé
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L'abbé Pierre à l'époque député MRP démissionne en dénonçant "les responsabilités évidentes d'éléments patronaux, insensés autant qu'impitoyables, à l'origine de ce conflit social qui se termina dans le sang" et la décision de ne condamner que les violences des grévistes.
L'enquête sur la mort tragique d'Édouard Mazé se conclut par un non-lieu, estimant impossible d'établir qui avait tiré. Des rumeurs de tireurs isolés cachés dans le chantier de l'hôpital en construction, de tirs entre factions syndicales rivales, circulèrent opportunément pour disculper les forces de l'ordre.
Pierre Cauzien, amputé d'une jambe à la suite de la blessure par balle reçu lors de la manifestation, écrit : "L’enquête ouverte après ces événements s’est en effet conclue par un non-lieu. « Il n’y a lieu à poursuivre, quant à présent, contre quiconque », déclare à l’époque dans son jargon juridique le juge d'instruction, M. Sultana. Et pourtant, le dossier n°141W33 des archives départementales, auquel j'ai pu finalement avoir accès cinquante-cinq ans après grâce à une dérogation présidentielle, porte en sous-titre « Mort d’Édouard Mazé, tué par les forces de l’ordre » et révèle que quarante-huit h ures après la manifestation tragique du 17 avril 1950, tous les responsables, jusqu’au plus haut niveau, sont informés de la réalité des faits..."
Un compromis sur les salaires signé, le travail reprend le 24 avril 1950.
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