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Yvette Labrousse, Begum Om Habibeh
Elles et eux dans les années 50
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La Begum à Chantilly en 1953


 
begum.jpgFille d'Adrien Labrousse, conducteur d'un tramway, et de Marie Brouet, couturière, Yvette Labrousse est née le 15 février 1906. Elue Miss Lyon en 1929, l'année suivante, elle est Miss France. Ensuite, elle représente la France à travers le mondee, défile pour les grands noms de la mode, et rencontre des personnages influents. Ses voyages la conduisent en Égypte où elle trouve le milieu favorable à l'épanouissement de sa personnalité; elle habite le Caire et se convertit à l'Islam.
En épousant en 1944 l'Aga Khan III, elle entre dans la légende. Un destin exceptionnel auquel elle restera fidèle durant toute sa vie. Elle s'appellera désormais Om Habibeh, la Bégum Aga Khan.Par son mariage elle devient la compagne d'un chef religieux, imam de plusieurs millions d'ismaéliens répartis à travers le monde. Il l'avait rencontrée la première fois au Caire et, selon ses propres dires, il la connaissait depuis plusieurs années. Elle confia dans une entrevue en 1992 que c'est son époux qui avait choisi pour elle le nom "Om Habibeh" parce que c'était le nom d'une femme du prophète Mohammed. Quand ils se marient il a soixante-sept ans, elle a trente-huit.
mataphot.jpgDurant treize années, elle va accompagner son mari dans tous les déplacements que commande sa fonction. Que soit en Inde, au Pakistan ou en Afrique, elle assiste aux grands rassemblements qui fêtent son règne, et plus particulièrement à ces célèbres cérémonies de la pesée, où les fidèles offrent à leur prince l'équivalent de son poids - soit cent neuf kilos - en or, argent, diamants… L'homme est fatigué et malade, mais elle l'entoure d'affection et de dévouement. "Si un mariage idéal est celui où règnent une union totale et une parfaite compréhension, sur le plan spirituel, moral et affectif, dit l'Aga Khan III dans ses mémoires, alors je puis dire que tel est le nôtre[...]; notre mariage eut lieu à un moment de ma vie où j'avais le plus grand besoin de sympathie et de compréhension. Au cours de mes graves maladies de ces dernières années, ma femme m'a prodigué ses soins et sa tendresse; elle a été pour moi un précieux réconfort et un constant soutien. Il m'a enfin été donné d'atteindre avec elle à ce havre merveilleux qu'est une totale union d'âme et d'esprit."
begum_chazot.jpgElle côtoie et se lie d'amitié avec Charlie Chaplin, le Shah d'Iran, le Cheikh du Koweit, le Président de Birmanie, Jinnah et Gandhi, Jean Cocteau, François Mitterand. On la voit également en compagnie de nombreux artistes célèbres comme Ingrid Bergman, Romy Schneider, Yves Montand, aux festivals cinémato- graphiques de Cannes en 1956 avec Gina Lollobrigida, en 1961 avec Simone Signoret et Anthony Perkins. Elle se passionne pour le théâtre et l'opéra, elle même sculpte et peint.Si Louise de Vilmorin a ce mot cruel : " Elle est très grande. Elle sera très bien comme point de repère sur un champ de courses ", le Tout - Paris l'adopte. Et pour cause : la Bégum est la compagne d'un chef spirituel mais elle est également l'épouse d'un des hommes les plus riches de la planète… qui la couvre de bijoux. Une richesse qui suscite la convoitise. Le 3 août1949, le couple est pris en embuscade sur la route de Nice et la Bégum est contrainte de se séparer de sa petite mallette à bijoux. Valeur : deux cents millions de francs !
Agé, malade, l'Aga Khan meurt en 1957. Fidèle à la volonté de son mari, la Begum élève à sa mémoire un mausolée à Assouan en Égypte. De sa villa "Noor-e Salaam" au pied de la colline sur laquelle s'érige le mausolée, elle en surveille chaque étape de la construction avec le contremaître Hassan Dorra. Le travail est achevé en seize mois. "Vous savez, je pense que tout est écrit parce que jamais je n'aurais pensé qu'un jour, j'habiterais dans cette maison devant laquelle j'ai passé il y a quatre ans dans un feluqa (petit voilier), qu'il y aurait sur cette colline un mausolée, et que je m'en serais entièrement chargée moi-même. C'est écrit, je ne peux l'expliquer autrement. Je n'étais pas préparée à cela, et pourtant je l'ai fait." dira plus tard la Begum lors d'un interview.

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Les funérailles de l'Aga Khan III et son mausolée à Assouan

Tous les ans, elle ira déposer une rose rouge sur le mausolée. Son amour pour l'Aga Khan ne faiblira jamais "Je pense à lui tout le temps, confie-t-elle au journaliste Youssef El-Deeb ; il ne me quitte jamais ; il est toujours avec moi. Il vit en moi. Cela fait trente-cinq ans qu'il est mort, et je suis heureuse qu'il m'ait donné la possibilité de construire ce mausolée. J'en suis très fière." Elle consacrera le reste de sa vie entre autres à des actions caritatives en Égypte.

Le 1er juillet de l'an 2000 la dernière épouse de l'Agha Khan III a été ensevelie à Assouan dans le mausolée de son mari.

Les bijoux de la Begum

Ce 3 août 1949, aux alentours de midi la Cadillac de l'Aga Khan,et de la Bégum quitte une luxueuse demeure du Canet pour se rendre à l'aéroport de Nice. Un cycliste ralentit d'abord la voiture qui est soudainement est bloquée par une traction arrêtée au milieu de la route, et dont le chauffeur fait mine de se soulager sur un mur. Brusquement, il se retourne et braque une mitraillette sur les occupants de la Cadillac. Deux autres hommes, portant des bérets basques et des lunettes de soleil, surgissent de la traction et s'emparent, sous la menace de leurs armes, du sac rouge de la Bégum, remplit de bijoux, dont la Marquise, un diamant 22 carats. L'Aga Khan est délesté de son portefeuille. Avant de prendre la fuite, les bandits prennent soin de crever les pneus de la Cadillac. Le montant du casse s'élève à 213 millions de francs, un record pour l'époque. On parle de "Casse du Siècle"

L'organisateur de l'affaire est un caïd du milieu marseillais : Paul Leca. C'est un américain retraité proche de la femme de ménage de la Begum qui a apporté l'affaire à Leca.


L'enquête n'avance pas. Jusqu'au jour où, en 1950, un indicateur donne les noms de deux des braqueurs, Ruberti et Sanna qui, arrêtés dénoncent le reste de l'équipe (Leca, Vinceleoni, Benedetti et Mondolini) . Michel Nicoli, juge de paix du Milieu marseillais leur conseille de restituer le butin du casse pour alléger les charges qui pèsent contre eux. Ainsi, le 26 février 1950, la magot est mystérieusement déposé devant une porte du principal commissariat de Marseille.

paulo-_leca.jpgPaul Leca



Leca prend la fuite à New-York Mondoloni à Cuba. Au procès, en juin 1953, Sanna est condamné à dix ans, Benedetti à huit ans et Ruberti à six ans. Vincéleoni est acquitté tandis que Leca et Mondoloni sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de la Begum ne s'arrête pas là. À sa sortie de prison, se sentant lésé par la restitution du butin conseillée par Michel Nicoli, Jacques Benedetti abat ce dernier le 14 juillet 1958. En 1976, il est lui-même abattu sur ordre de Paul Mondoloni, neveux de Nicoli.


Paulo Leca, lui, quitte New York en août 1960 pour la France et s'y constitue prisonnier. Jugé en novembre 1961, il bénéficie de circonstances atténuantes et est condamné à deux ans de prison et au versement d'une amende de 91 millions de francs. Ayant déjà purgé dix-huit mois de détention préventive, il sort libre. Coulant une retraite paisible dans sa propriété de Sainte-Marguerite, il meurt dans son lit en février 1966.