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9 mars 1953 : les funérailles de Staline
| 9 mars 1953 : les funérailles de Staline |
| Ce jour là dans les années 50 | |||
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L'affaire du portrait
Le 12 mars, Les Lettres françaises publient en première page un portrait de Staline par Picasso.
Le 18 mars, L’Humanité publiait le communiqué suivant (repris le lendemain dans Les Lettres françaises) : "Le Secrétariat du Parti communiste français désapprouve catégoriquement la publication dans Les Lettres françaises du 12 mars du portrait du grand Staline par le camarade Picasso. Sans mettre en doute les sentiments du grand artiste Picasso dont chacun connaît l’attachement à la classe ouvrière, le Secrétariat du Parti communiste français regrette que le camarade Aragon, membre du Comité central et directeur des Lettres françaises, qui, par ailleurs, lutte courageusement pour le développement de l’art réaliste, ait permis cette publication. Le Secrétariat du Parti communiste français remercie et félicite les nombreux camarades qui ont immédiatement fait connaître au Comité central leur désapprobation. Une copie des lettres reçues sera immédiatement adressée aux camarades Aragon et Picasso. Le Secrétariat du Parti communiste français demande au camarade Aragon d’assurer la publication des passages essentiels de ces lettres qui apporteront une contribution à une critique positive"
Aragon s’exécuta, laissant toutefois à la direction du Parti le soin de choisir et de mettre en pages les lettres ainsi téléguidées. Il écrit à Picasso : "(...) Pour ce qui est de l’objet du litige, il me semble que j’ai compris ce que tu as voulu faire. Seulement, tu comprends Pablo, on peut inventer des fleurs, des chèvres, des taureaux, et même des hommes, des femmes - mais notre Staline, on ne peut pas l’inventer. Parce que, pour Staline, l’invention – même si Picasso est l’inventeur – est forcément inférieure à la réalité. Incomplète et par conséquent infidèle. Et alors ceux qui l’aiment le plus, les ouvriers, ne le retrouvent pas. Et ce n’est pas juste, ni pour Staline, ni pour les ouvriers... (...) " Picasso n’a jamais manifesté aucun regret d’avoir réalisé ce portrait. " J’ai apporté des fleurs à l’enterrement. Mon bouquet n’a pas plu. C’est toujours comme ça avec les familles." Il savait qu’un jour, son portrait serait reproduit dans les dictionnaires. Quand il apprit le discours de Khrouchtchev sur les crimes de Staline, il jugea non sans satisfaction qu’il n’y avait rien à changer à son portrait.
Adolf M. Konstantinopolski - The funeral of Stalin - 1954 - Oil on Canvas - 228,5 x 396 cm.
A consulter sur le sujet : Staline s'éteint le 5 mars 1953 dans sa datcha de Kountsevo, dans les environs de Moscou. Quelques jours plus tôt, le vendredi 28 février, assistant à une représentation du Lac des Cygnes au Bolchoï, le dictateur avait dû se retirer avant la fin de la représentation. Il n'avait pas reparu depuis.
À la Chambre des députés, à Paris, le président du Conseil Edouard Herriot réclame une minute de silence en mémoire du vainqueur de Hitler et du modernisateur de l'URSS. Seuls deux députés refusent de se lever.
Quelques jours plus tard, à Sotteville, une bataille de rues opposa à la police une partie de la population rassemblée autour des dirigeants communistes, du maire Lucien Bonnafé, et du conseil municipal pour tenter de donner le nom de Joseph Staline à une avenue de la ville. L'édition spéciale de L'Humanité qui annonce la mort de Staline titre : "Deuil pour tous les peuples qui expriment dans le plus grand recueillement leur amour pour le grand Staline". Le journal communiste consacre plusieurs pages à l’évènement produisant des articles de Jacques Duclos, Maurice Thorez, des textes de Staline, Malenkov, l’éditorial de la Pravda, et une page entière sous le titre "Staline, notre maître en socialisme".
Le Monde titre "Le maréchal Staline est mort" sur cinq colonnes et consacre quatre pages à l’événement. Dans un éditorial intitulé "L’homme et son héritage" on peut lire : "Staline restera sans doute l’homme qui a réconcilié la Russie et la révolution au point des les rendre inséparables . Elle a aussi permis à l’homme de remporter sur la nature quelques-unes de ses plus magnifiques victoires (...)."
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L'annonce de sa mort, le lendemain matin, fige le monde entier dans la stupeur, la désolation et un vague soulagement. En URSS comme dans les pays inféodés et dans toutes les organisations communistes ou «progressistes» du monde entier, elle donne lieu à des manifestations de deuil ostentatoires de la part des officiels.
Partout en France sont organisées de larges réunions publiques d’hommage à Staline, des arrêts de travail. Certains, comme ceux des travailleurs des ports de Rouen, du Havre et de Dieppe, des cheminots de Sotteville-lès-Rouen, des traminots du Havre, de plusieurs écoles et lycées, furent largement suivis.