ACCUEIL arrow ........ CE JOUR LA arrow 13 mai 1958 : de Gaulle, le retour
13 mai 1958 : de Gaulle, le retour
Ce jour là dans les années 50
oran-juin-58_de-gaulle.jpg
De Gaulle en 1958 à Oran

Pour approfondir le sujet
>> Archive video Ina sur le 13 mai 1958
>> L'agonie de la 4e Republique le 13 mai 58 de M. Winock (lien Alapage)

 

 
 
"Je ne reprendrai pas le pouvoir dans un tumulte de généraux" Charles de Gaulle

Le 13 mai 1958 à Alger, les manifestations organisées pour saluer la mémoire de trois soldats français exécutés par le FLN et pour s’opposer à la formation à Paris d’un gouvernement présidé par Pierre Pflimlin tournent à l’émeute. On crie : "Algérie Française! ", " Pflimlin à la mer", "Bourguiba au poteau !", "Fusillez Ben Bella !", "L'Armée au pouvoir". Deux factions convoitent le pouvoir, le député poujadiste Lagaillarde et ses activistes du Groupe des 7, est en rivalité avec les partisans gaullistes. Les Algérois menés par Lagaillarde prennent d’assaut le Gouvernement général, siège du pouvoir. Dans la soirée le général Massu y fait son entrée furieux grognant "Nettoyez-moi ce bordel !", et coupant l’herbe sous le pied des ultras. Il prend la tête d’un Comité de salut public

A 20 heures Radio-Alger annonce : "Algériens ! Le ministère de l'Algérie a été pris d'assaut. Un Comité de Salut public est constitué à Alger sous la présidence du général Massu." Il rassemble des militaires et des politiques comme Raoul Salan, chef des forces françaises en Algérie, Jacques Massu, chef de la 10e Division Parachutiste basée à Alger ou Léon Delbecque, envoyé de Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense, et gaulliste.

Massu télégraphie au président Coty : "Vous rendons compte création Comité Salut public civil et militaire sous ma présidence, moi, général Massu, en raison gravité situation et nécessité absolue maintien ordre, et ce pour éviter toute effusion de sang. Exigeons création à Paris d'un gouvernement de Salut public, seul capable de conserver l'Algérie partie intégrante de la métropole".
 

alger-13-mai-1958.jpg

 

mani_13-mai-58.jpg

Manifestation du 13 mai 1958 à Alger

mani_13-mai-58_2.jpg

Le palais du Gouvernement général est occupé puis saccagé. Les dossiers passent par les fenètres
 
A Paris Pflimlin, à qui peu avant le débat d'investiture, le Président de la République avait déclaré : "Vous êtes ma dernière carte. Si vous échouez à votre tour, il ne restera plus qu'une issue : appeler le général de Gaulle" reçoit la confiance de l’Assemblée et condamne l’insurrection, confiant à Salan, commandant en chef, les pouvoirs civils et militaires en Algérie. Mais Salan sans rompre ouvertement avec les autorités légales de Paris couvre l’action du Comités de Salut Public et remplaçe par des généraux les préfets qui refusent de lui obéir et de coopérer avec les CSP, et les plaçe en résidence surveillée pour assurer leur sécurité. Le Comité de salut public refuse de reconnaître le "gouvernement d’abandon"et renouvelle son appel au général de Gaulle, Salan annonçe : "Ayant la mission de vous protéger, je prends provisoirement en main la destinée de l’Algérie française". Le 15 mai, il lance, depuis le balcon du Gouvernement général, un " Vive de Gaulle !" Le général sort aussitôt de son mutisme pour se déclarer "prêt à assumer les pouvoirs de la République".

Le 19 mai 1958 dans sa conférence de presse De Gaulle déclare :
"Ce qui se passe en ce moment en Algérie par rapport à la Métropole et dans la Métropole par rapport à l’Algérie peut conduire à une crise nationale extrêmement grave. Mais aussi, ce peut être le début d’une sorte de résurrection... Quant à l’armée, qui est normalement l’instrument de l’État, il convient qu’elle le demeure. Mais encore faut-il qu’il y ait un État..."
 

salan_delbacque_1958-.jpg

Allocution de Salan le 15 mai 1958 - Leon Delbecque, gaulliste et vice-président du CSP
 
Salan a chargé certains de ses subordonnés d’étudier une conquête de la métropole par une intervention militaire appuyée par des troupes d’Algérie . Le 24 mai 1958, les parachutistes du 1er choc de Calvi mettent en place un comité de Salut public. L’opération "Résurrection", opération de parachutage à Paris, a été prévue pour la nuit du 27 au 28 mai. La rumeur d’une opération ayant Paris pour objectif se répand. La guerre civile semble menacer.

Dans la nuit du 26 au 27 mai, le général de Gaulle, sentant que l’armée se divise et que l’opération Résurrection pourrait se réaliser pour le compte des ultras, rencontre le président du Conseil au château de Saint-Cloud. Puis le 27, en fin de matinée, il fait paraître un communiqué disant : "J'ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l'établissement d'un gouvernement républicain…"dans un coup de bluff magistral. Dépassé par la manœuvre, Pflimlin démissionne le 28, alors que la gauche défile aux cris de "le fascisme ne passera pas, de Gaulle au musée !"

Le matin du 29, René Coty rédige ce qui sera le message célèbre au Parlement. A 15 heures, le document est lu à l'Assemblée nationale. "[…] Devant le péril de la patrie et de la République, je me suis tourné vers le plus illustre des Français, vers celui qui, aux années les plus sombres de notre Histoire, fut notre chef pour la reconquête de la liberté nationale, refusa la dictature pour rétablir la République. […]Je demande au général de Gaulle de bien vouloir conférer avec le chef de l'Etat et d'examiner avec lui ce qui, dans le cadre de la légalité républicaine, est immédiatement nécessaire à un gouvernement de salut national et ce qui pourra, à échéance plus ou moins proche, être fait ensuite pour une réforme profonde de nos institutions. Je prendrai alors, dans mon âme et conscience, la décision qui m'incombe."
 

de-gaulle_algerie_juin58.jpg

de Gaulle en algérie - 5 juin 1958 discours à Constantine, Salan et Jacques Soustelle sont à ses côtés
 
A la suite de ce message, le général de Gaulle est reçu, à l'Elysée, par le Président Coty, le 29 mai à 19 h 30. Deux heures plus tard, la présidence de la République et le cabinet du général annoncent dans les mêmes termes : "Le général de Gaulle a été pressenti pour former le gouvernement et il a accepté". De Gaulle écrit dans ses mémoires : "René Coty débordant d'émotion, m'accueille sur le perron. Seul à seul dans son bureau, nous nous entendons aussitôt. Il se range à mon plan : pleins pouvoirs, puis congé donné au Parlement, enfin Constitution nouvelle à préparer par mon gouvernement et à soumettre par référendum. J'accepte d'être investi le 1er juin par l'Assemblée nationale, où je lirai une brève déclaration sans prendre part au débat. Nous nous séparons au milieu d'un tumulte de journaliste effrénés et de curieux enthousiastes qui ont envahi le parc."

Investi le 1er juin 1958 comme président du Conseil
avec les pleins pouvoirs et la mission de réformer la constitution, le général de Gaulle confie au garde des Sceaux, Michel Debré, et à une équipe de juristes la rédaction d’un texte constitutionnel.

Le 4 juin à Alger le général Massu présente au général de Gaulle le Comité de salut public de l’Algérie et du Sahara, et conclut par le vœu de voir le nouveau chef de gouvernement "se prononcer sur l’intégration de tous les habitants de l’Algérie et du Sahara à la nation française", "éliminer les séquelles du "système" et ses hommes définitivement déconsidérés aux yeux de toute la population". De Gaulle élude habilement tout engagement, en félicitant le Comité d’avoir été à la fois "le torrent et la digue, source d’énergie, et d’énergie disciplinée". À 19 heures, du balcon du gouvernement général, il prononce son célèbre "Je vous ai compris".
 

de-gaulle_4-juin-58_alger.jpg

De Gaulle à Alger en juin 1958 Salan à sa gauche, Massu entre eux deux à l'arrière
 
Le 4 septembre 1958, de Gaulle présente solennellement aux Français la nouvelle constitution et leur demande de l’adopter par référendum. La nouvelle constitution reçoit une adhésion massive, seuls le Parti communiste, la minorité socialiste qui quitte la SFIO et quelques personnalités de la gauche non communiste tels François Mitterrand ou Pierre Mendès France ont appelé à voter "non". Le camp des partisans du "non" n’obtient que 20,75 % des voix. La nouvelle constitution est donc adoptée par 79,25 % des voix avec une abstention faible (15,6 %).

Après la victoire du référendum de Gaulle annonce ses intentions pour l'Algérie, "Revenir au plus tôt à la légalité républicaine et, partant, à la séparation des pouvoirs. Le régime actuel de l’Algérie, que j’ai accepté dans ses débuts, ne peut se perpétuer. Les officiers ne peuvent se laisser absorber par des tâches administratives ni demeurer dans le Comité de salut public". Ce fut, de fait, la dissolution du CSP. Mais c'est seulement après le rappel du général Massu et la semaine des barricades (24 janvier-1er février 1960) que le retour à la normale du rapport des autorités civiles et des autorités militaires commença, avec le décret du 20 février 1960 proclamant "la hiérarchie civile est restaurée dans ses attributions normales ; les préfets et sous-préfets exercent, en principe, pleinement l’ensemble des attributions qui leur sont normalement dévolues, y compris l’ordre public et la police"

Le général De Gaulle devient le premier président de la Vème République le 21 décembre 1958.
 

de-gaulle_coty.jpg

Le Président Coty fait appel à de Gaulle mai 1958 - Passation des pouvoirs 8 janvier 59
debre-1958.jpg
Michel Debré appose le sceau de la République sur l'exemplaire officiel de la Constitution - 6 octobre 1958
 

Opération Résurrection

Dès le 18 mai 1958 , le commandant Vitasse et le capitaine Lamouliatte
sont envoyés en métropole pour préparer une intervention militaire appuyée par des troupes d’Algérie leur rapport sert à mettre au point un plan baptisé "Résurrection" (d’après l’expression employée par le général de Gaulle dans sa conférence de presse du 19 mai). C'est le commandant Vitasse, de l'état-major du général Massu, qui en a été la cheville ouvrière. Déposé par avion au petit matin, le 18 mai, à Pau il prendra tant en province qu'à Paris de nombreux contacts avec les milieux militaires et civils. Son ordre de mission, comportant les signatures de Salan, Jouhaud, Massu, lui ouvrira de nombreuses portes. Dans ses grandes lignes, l'opération consistait à réunir à Paris une force composée de parachutistes, d'éléments blindés et de fantassins. Vitasse s'est assuré du concours des généraux Miquel et Descours, commandant respectivement les régions militaires de Toulouse et de Lyon.

Michel Debré est informé du plan "Résurrection" par le général de Beaufort, il définit dans un message à Jacques Soustelle les conditions "acceptables" pour la mise en oeuvre de ce plan "L’action de l’armée en métropole doit être limitée à trois hypothèses : refus des partis politiques de faire appel au général de Gaulle, menace de prise du pouvoir par les communistes ou troubles qui peuvent déboucher sur une guerre civile."

Du 24 au 26 mai, une équipe conduite par le député Pascal Arrighi, rejoint par Léon Delbecque et par le colonel Thomazo, s’empare de la Corse avec l’aide du 1er bataillon de choc de Calvi

le 27 mai de Gaulle par un communiqué désapprouve formellement "toute action, de quelque côté qu’elle vienne, qui mette en cause l’ordre public », et ordonne aux forces présentes en Algérie de rester "exemplaires sous les ordres de leurs chefs", et il annonce "J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain" Coup de bluff visant à empêcher un déclenchement immédiat du plan "Résurrection", dont le commandant Vitasse venait de menacer l’état-major gaulliste.

Le 28 mai, après un vote presque unanimement hostile du groupe parlementaire SFIO, la démission de Pierre Pflimlin, et une manifestation de Front populaire à Paris, le général Dulac émissaire de Salan, est reçu par de Gaulle rapporte à Alger que le Général était "inquiet et acquis en dernière mesure à la réalisation de "Résurrection". Le 29 mai un télégramme du commandant Vitasse confirme au général Jouhaud, commandant la 5ème région aérienne (Algérie), l’accord du général de Gaulle pour le déclenchement de l’opération Résurrection qui connait un début d'éxécution.

Mais le président Coty annonçe alors par un message au Parlement sa décision de faire appel au "plus illustre des Français", et de démissionner si ce dernier n’obtenait pas l’investiture. L'opération est alors suspendue, mais le dispositif resta prêt à l'emploi jusqu'au 3 juin.

"Beaucoup penseront que "Résurrection" n'a été qu'une simple menace, mais que personne n'aurait pris l'initiative de la mettre en œuvre. Au palais d'Été, en août 1958, au cours d'un déjeuner, le colonel Coulet, commandant les commandos de l'air, rappelait au général De Gaulle que ses parachutistes avaient été chargés de sa protection à Colombey. Le Général s'adresse à Buron: "Monsieur le Ministre, écoutez Coulet, vous qui vous refusez à croire que l'opération des parachutistes aurait pu avoir lieu" L'opération « Résurrection » aurait pu avoir lieu les jours suivants. Le général Salan la tenait en réserve, à la disposition du général De Gaulle, sur son seul appel personnel." Général Jouhaud "Ce que je n'ai pas dit"



 
Raoul Salan
 
salan1.jpg
 
L’essentiel de la carrière militaire de Raoul Salan (1899 -1984) s’est déroulée dans l’ancien empire colonial français. Après avoir occupé divers postes en Indochine entre 1924 et 1937, il devient chef des renseignements au ministère des colonies. En 1942-43, il exerce des responsabilités en relation avec la France libre, notamment en Afrique. Il participe à la bataille d’Alsace et à la libération de Toulon. Dès 1948, il retourne en Indochine où il devient commandant en chef en janvier 1952. Le 1er décembre 1956 il est nommé à la tête de la 10e région militaire française : l’Algérie.
 
SalanChalleJouhaudZeller.jpg
Les généraux putschistes : Salan, Challe, Jouhaud, Zeller
 
Lors de la crise de mai 1958, il se rallie au général de Gaulle. Mais, partisan de l'Algérie française, Le 22 avril 1961, il participe avec les généraux Challe, Jouhaud et Zellerà une tentative de coup d'état à Alger, et de mettre de Gaulle devant le fait accompli. De gaulle dénonce le pronunciamiento d' "un quarteron de généraux en retraite", annonce que "tous les moyens" seront employés pour leur barrer la route. "J'interdis à tout Français, et d'abord à tout soldat, d'exécuter aucun de leurs ordres". Dans les casernes, les soldats réclament à leurs chefs de prendre parti pour la légalité. Le putsch est un échec.

Salan passe, avec Jouhaud, à la clandestinité et entre dans l’OAS (Organisation Armée secrète), créée à Madrid début 1961 par Lagaillarde et Susini, elle a pour but de rassembler toutes les organisations voulant continuer la lutte pour l'Algérie française.

Arrêté à Alger le vendredi 20 avril 1962 après un an de clandestinité il est condamné par le Haut Tribunal Militaire à la peine de détention criminelle à vie. Le 8 décembre 1962, il est transféré en même temps que le général Jouhaud à la prison de Tulle où sont incarcérés les officiers généraux et supérieurs impliqués dans les combats pour l’Algérie française

Le 15 juin 1968, dernier occupant de la prison de Tulle, il est libéré par grâce présidentielle.