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Duel à l’épée entre le Marquis de Cuevas et Serge Lifar
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Mars 1958 - le duel du Marquis de Cuevas et de Serge Lifar
 

Pour approfondir le sujet :
>> Le Marquis de Cuevas de G mannoni (lien Alapage)
>> Serge Lifar de Florence Poudru (lien Alapage)

Article en rapport:
>> Le grand bal du demi siècle

 
En 1958, le Marquis de Cuevas et Serge Lifar règlent à l’épée un différend artistique devant les photographes de la presse. La querelle a pour origine un désaccord au sujet de la reprise du ballet de Serge Lifar, Noir et Blanc (connu aussi sous le titre de "Suite en blanc" ) au palais Garnier par les Ballets du Marquis de Cuevas. Au cours d'une discussion un peu vive le marquis soufflete Lifar, qui demande réparation sur le pré. Cuevas est alors agé de 73 ans, Lifar de 54, il laisse à son adversaire, en raison de son âge le choix des armes. Ce sera l'épée.

La date est fixé au 30 mars,
bretteurs, directeur du combat, témoins, médecins, entourés d'une meute de journalistes se retrouvent en Normandie, à Blaru.

Au bout de trois reprises Lifar est touché, ou plutot se laisse toucher, à l'avant bras.
"j'ai cru percer mon fils" dira le marquis, qui tombera dans les bras de son adversaire, cinq minute après la fin de ce duel d'opérette. Pour la petite histoire on remarquera sur la photo, un témoin de Cuevas avec un bandeau sur l'oeil... Jean-Marie Le Pen.

 
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Illustration du"Corriere della Serra" - La réconciliationaprès le duel, à 'extrême droite... Jean-Marie Le Pen, témoin du Marquis
 
Le marquis George de Cuevas (Jorge de Piedrablanca de Guana, 8e marquis de Cuevas 1885-1961) vainqueur du duel, était fantasque, extravagant et inflexible. Citoyen américain d'origine chilienne il s'installe à Monte Carlo en 1947 et devient le mécène du Grand Ballet de Monte-Carlo, grace à la dot de sa femme, la petite-fille de John D. Rockefeller, Margareth Strong. En 1951 la compagnie prendra le nom de "Grand Ballet du Marquis de Cuevas"

"La danse, c’est un apostolat. Elle m’a fréquemment découragée ; néanmoins, dans les moments les plus difficiles, j’entrevoyais les énormes possibilités des artistes qui travaillaient sous ma direction.… Le rôle d’un chef de troupe consiste à mettre chacun, parfois sévèrement, devant ses possibilités et ses limites. Une personnalité telle que l’admirable Rosella Hightower est illimitée, mais c’est une exception." disait Cuevas

La compagnie dispose d’une quarantaine de danseurs, représentant vingt-cinq nationalités différentes, dont quelques réfugiés des pays de l’Est, le plus connu sera Rudolf Noureev, arrivé en 1961. Le répertoire de la troupe, réalisé par une quarantaine de chorégraphes différents, comprend plus d’une centaine de ballets et tourne à travers le monde. Le marquis de Cuevas a travaillé avec les danseurs les plus en vue de l'époque, comme Rosella Hightower, George Skibine, André Eglevsky, Ethéry Pagava... "Le marquis a été peut-être responsable de quelques mauvaises créations mais jamais d’indifférence artistique. L’indifférence était pour lui une chose détestable. Il préférait l’émotion la plus extrême, provoquant des scènes parfois exagérées." Rosella Hightower.

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Représentation du "Lac des Cygnes" au bal de Chiberta en 1953
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Le bal de Chiberta en 1953,Zizi Jeanmaire arrive à dos de chameau
 
Fastueux, extravagant, Cuevas s'intègre parfaitement à cette époque de l'immédiat après-guerre pressée de rattraper le temps perdu. Pendant du "Bal du siécle" de Besteigui à Venise en 1951, le grand bal de Chiberta, sur la côte basque, organisé par le marquis, rassemble trois mille invités ayant chacun payé 100 000 francs de l’époque. Deux cent cinquante policiers habillés en laquais, seize buffets, trois orchestres, le Tout Paris et le Tout Madrid costumé fastueusement... Des danseurs arrivant par le lac sur un radeau interprètent "Le Lac des Cygnes". "Nous étions en pose sur cette scène flottante éclairée de façon très romantique. La traversée nous parut bien longue et c’est un peu ankylosées que nous avons couru jusqu’au podium où nous devions interpréter le dexième acte du Lac des cygnes. Après l’émerveillement procuré par le radeau sur le lac, les invités étaient davantage fascinés par leur propre spectacle que par ce qui se passait sur la scène. Vision magnifique en effet que ces célébrités revêtues de costumes splendides et faisant des "entrées" étonnantes. On se souvient de l’arrivée grandiose du Marquis, en Roi Soleil, de Zizi Jeammaire portée à dos de chameau, de Dominguin en habit de lumière… Les revues de l’époque, Vogue, Harper’s Bazar et bien d’autres, on fait des reportages photographiques de l’événement. Notre ballet fut malgré cette concurrence très applaudi". Le vatican, lui, condamna cet étalage de luxe, malgré... le don des reliefs de la soirée au couvent voisin des Bernardines
 
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Porrait du Marquis de Cuevas par Dali 1942 - George Zoritch et George Skibine dans "Antinois" Grand Ballet du Marquis Cuevas.
 
C'est Serge Diaghilev qui fait de Serge Lifar (1905-1986) un soliste des Ballets russes. Lifar crée, entre autres, trois chorégraphies – chefs-d’œuvre de George Balanchine, "La Chatte", "Apollon Musagète", et "Le Fils prodigue". En 1929, après la mort de Diaghilev et la dissolution des Ballets Russes, il entre à l'Opéra de Paris où durant 25 ans il poursuivra une carrière de -danseur, de professeur, de maître de ballet et de chorégraphe.. À partir de 1930, Serge Lifar connaît un immense succès, essentiellement dans ses propres créations de ballets, avec notamment le Spectre de la rose (1931) et L'Après-midi d'un faune (1935). Après la Libération, temporairement persona non grata au Palais Garnier (il fut "interdit" de scène pendant une année par le Comité national d'épuration, en raison de son activité ininterrompue pendant l'Occupation) Serge Lifar fonde le Nouveau ballet de Monte-Carlo, dont il remettra les destinées aux mains du marquis de Cuevas en 1947, lorsqu’il regagnera l’Opéra. Il quitte l’opéra en 1958 et poursuit son activité chorégraphique jusqu'en 1969. Cocteau disait de Lifar qu'il avait redonné à "un art assez ridicule" son "caractère sublime et religieux".
 
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Les Ballets Russesde Monte Carlo - Serge Lifar
 
 
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