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La guerre des Jouhandeau
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Marcel et Elise Jouhandeau dans leur pavillon de banlieue
 

Pour approfondir la question
>> Archives video INA sur Marcel Jouhandeau
>> Elise Architecte Marcel Jouhandeau (lien Alapage)
>> Chronique maritales d'Elise Marcel Jouhandeau (lien Alapage)
>> Chaminadour, contes, récits, nouvelles Marcel Jouhandeau (lien Alapage)

 
Jouhandeau devant Elise à l'agonie, sa férocité aiguisée par 42 ans de vie commune, s'exclamera : "C'est terrible, elle ne souffre même plus !"

Marcel Jouhandeau est né à Guéret dans la Creuse en 1888,
il mourra à Paris en 1979. Marcel Jouhandeau est toute sa vie tourmenté par deux passions un catholicisme mystique et et une attirance charnelle pour les hommes, vécue dans une culpabilité extrême, ressentie comme outrage à Dieu. En 1934 de Guéret dans la Creuse, il a fait "Chaminadour", son oeuvre la plus connue, les réactions de la population ont été très vives, et Jouhandeau fut la cible de haines durables jusqu'à sa mort."Je n'ai pas voulu diffamer mes compatriotes, mais seulement les peindre. En n'ayant pas pris soin d'épaissir assez la fiction, j'ai permis à la rumeur publique d'identifier mes modèles, de dépister mes sources, voilà toute ma faute et ceux qu'on a reconnus ou qui se sont reconnus cloués au pilori m'ont voué aux gémonies."

C'est en 1929 qu'il se marie, à quarante ans, avec une danseuse,
Élisabeth Toulemont, dite Caryathis la "belle excentrique" connue par les écrits de son mari sous le nom d'Élise, ex-maîtresse de Charles Dullin et familière de Jean Cocteau et de Max Jacob. C'est le peintre Marie Laurencin qui les fit se rencontrer "Je t'ai trouvé, lui annonca -t-elle, une femme pour toi"

 
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Caryathis
 
"La Belle Excentrique", qui vaudra son surnom à la future madame Jouhandeau, est une commande passée à Eric Satie en 1920 : il s'agissait de lui écrire une musique pour lui permettre de s'imposer en tant que danseuse sous le nom de Caryathis. Satie composa trois danses pour piano sous le titre global de "la Belle Excentrique". Les costumes et les masques avaient été dessinés par Jean Cocteau. Par la suite sous le nom de Caryathis elle apparait dans de nombreux ballets notamment des oeuvres de Poulenc, Auric, Ravel. Elle passe pour une danseuse entretenue, une demi-mondaine. C'est une femme au caractère excessif et entier, extravagante dans ses gouts,souvent drapée dans une robe aux coloris criards.

Elise - Élisabeth entreprit pendant longtemps de "débarrasser" Jouhandeau de ses penchants homosexuels, mais il finit toujours par retomber dans les bras des hommes, pour le plus grand dam de son épouse, aventures qu'il raconte dans "Chronique d'une passion" et "Eloge de la volupté". "Le mariage ne consiste pas dans la bénédiction du prêtre maisdans la consommation de l'acte. disait Elise, Un jour j'ai décuvert qu'un bel antiquaire tenait une place dans la vie de Marcel. J'ai quitté la maison en brandissant un couteau. Heureusement pour lui il était absent."

Leur vie conjugale n'en dura pas moins jusqu'à la mort d'Elise (1971), au milieu de terribles disputes que Jouhandeau relatent dans ses "Chroniques maritales" et ses "Scènes de la vie conjugale". Il était professeur de sixième à Saint-Jean-de-Passy et son mariage lui a fourni une inépuisable matière, do'ù sortiront des textes où il se montre comme "...L'analyste redoutable des couples mal assortis, le moraliste cynique, le pécheur qui péchait pour jouir de ses repentirs... celui qui a tiré d'une situation infernale où il s'était innocemment enferré, des accents inimitables. Comme on pense en regardant Marcel Jouhandeau et Caryathis s'assassiner à travers leurs livres, au mot si puissant de Jacques Chardonne : "Le couple, c'est autrui à bout portant" Michel Deon.
 
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Novembre 1941. Retour d'Allemagne des écrivains français. De gauche à droite: lieutenant Gerhard Heller, Drieu La Rochelle, Georg Rabuse (au 2e plan), Brasillach, Abel Bonnard (écrivain, journaliste, ministre de l'Education nationale de 1942 à 1944), André Fraigneau, Karl Heinz Bremer, adjoint de Karl Epting à l'Institut allemand de Paris
 
Elise est une femme qui ne s'en laisse pas compter et qui sait compter. "Jamais elle n'a perdu une occasion de me dire que je suis cela de misérable devant nos amis ébahis ou nos domestiques interloqués. 'En somme, tu gagnes moins qu'un ouvrier !'". Elle satisfaisait le goût masochiste de Jouhandeau pour les petites souffrances renouvelées du quotidien, il avouait à la fin de sa vie,à ceux qui s'étonnaient de l'avoir vu si longtemps en telle compagnie: "Mais c'était délicieux!". Avec elle, il pouvait fuir, mentir, sous la férule d'Elise il s'épanouissait, avec un tel ennemi intime, il n'avait plus de crainte de s'ennuyer.

Quarante ans de scènes de ménage dans un pavillon de banlieue en meulière.
"Le décor de l'entrée est d'une grande banalité, ravivée de ces quelques fautes de gout qui donnent un peu de vie aux pavillons de petite ceinture. A peine avons nous dépassé le premier étage qu'une porte s'entrouvre sur le palier : "Qui est là ,"" lance une voix, qu'on dirait grattée à la paille de fer. "Montez, montez", murmure Jouhandeau. Avant que la porte ne se referme d'un coup sec, j'ai le temps d'apercevoir deux éclairs lancés de dessous une tignasse noire corbeau. Mme Caryathis, Elise-la terreur, cette "moitié" qui compte double s'est retiré dans son salon chinois". Christian Millau, récit d'une visite à Jouhandeau en 1951."Elise couche à l’étage au-dessous du mien dans une soie fleurie, de toutes les couleurs, moi dans de la dentelle, je veux dire dans des draps de grosse toile déchirée, mais de nous deux, c’est moi qui dors le mieux." disait Jouhandeau.

 
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Elise Jouhandeau en 1955 - Marcel Jouhandeau avec sa femme Elise en 1963 - Parisienne de photographie
 
L'influence néfaste d'Elise et les conflits de Jouhandeau avec Maurice Sachs le conduisirent à écrire une série d'articles violemment antisémites, dont plusieurs furent réunis en 1937 sous le titre "Le péril juif". En octobre 1941 il se rend avec Jacques Chardonne, Ramon Fernandez, Pierre Drieu La Rochelle, Robert Brasillach, André Fraigneau et Abel Bonard, au congrès de Weimar à l'invitation de Goebbels. Le voyage est organisé par le lieutenant Gerhard Heller, dont on dit, que les beaux yeux bleus ne seraient pas étrangers à la présence de Jouhandeau. Reste que celui-ci à son retour écrit : "J'ai vu un grand peuple à l'œuvre, tellement calme dans son labeur qu'on ignorerait qu'il est en guerre..." Elise Jouhandeau dénonce en 1942 à la Gestapo Jean Paulhan comme "juif ", et Groethuysen comme "communiste". Paulhan prévenu par Marcel Jouhandeau parvient à s'enfuir par les toits de la rue des Arènes et à se cacher. A la libération la protection de Jean Paulhan lui évitera les conséquences les plus fâcheuses de son antisémitisme.

Ressuscité littérairement par Roger Nimier, dans les années cinquante,
Jouhandeau devient un figure des mondanités littéraires, dans les quelles "Elise, que la timidité n'avait jamais étouffée, le dépassait en contentement mondain. Elle n'aurait pu faire moins, étant à la ville comme à la scène la plus fieffée comédienne (...) Leur numéro à tous deux était une merveille d'horlogerie suisse, les livresde l'un assurant le succès de ceux de l'autre (Caryathis..., avait sorti son premier "Joies et douleurs d'une belle excentrique" en 1952" Christian Millau

Le couple sur la fin trouvera une paix relative autour d'un enfant adopté.
Elise mourra en 1971 et Jouhandeau sera enterré en 1979 au cimetière Montmartre rendant inutile la démarche de la fille d'une certaine Mme Poty, devenue Mme Pô dans "Chaminadour" sous la plume de l'auteur, qui avait acheté une maison sur le chemin du cimetière de Guéret, afin de pouvoir cracher sur le cercueil de l'écrivain lorsqu'on mènerait celui-ci à sa dernière demeure, comme le raconte Richard Millet. L'un des miracles de Jouhandeau c'est que n'ayant jamais écrit que sur lui-même il a su toucher à l'universel.

 
 
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