Dino Crocetti dit Dean Martin délaisse tôt l'école pour hanter les bars et les salles de jeu, s'essaye temporairement à la boxe avant de jeter son dévolu sur la romance; chanteur de charme dans le sillage de Bing Crosby, il ne connaît véritablement le succès qu'en partageant la scène avec le comique Jerry Lewis. Il rencontre Jerry Lewis en 1946 sur la scène d'un club d'Atlanta City. Le duo est né et marche vers un immense succès
Le play-boy et le dingue, le rital et le juif, "le joueur d'orgue de barbarie et le singe", Dean était le clown blanc, Jerry était l’Auguste : leurs numéros improvisés et paresseux leur ouvrent les portes de la gloire, au music-hall puis au cinéma. Jerry Lewis et Dean Martin tournèrent 16 films ensemble à partir de 1949. Le premier film qui eut un succès considérable fut "My Friend Irma" qui connaîtra une suite "My Friend Irma goes to west". Avec "At War with the Army” Dean Martin et Jerry Lewis gagnent leurs gallons de star. La formule du duo fonctionne à merveille : Martin, l'homme droit et doux et Lewis, l'imbécile maniaque.
1951 Martin et Lewie photographiés par Philippe Halsman en couverture de Life - Jan Murray, Frank Sinatra, Jackie Gleason, Jerry, Dean Martin, au Copacabana à New York
Jerry Wants to be Tarzan - Colgate Comedy Hour Un bon nombre de leurs fims fut réalisé par Norman Taurog, notamment "Un Pitre au pensionnat" ("You're never too young," 1955), "remake" du film de Billy Wilder "Uniformes et jupons courts" où Jerry Lewis reprend le rôle de Ginger Rogers. Parmi les films les plus réussis du duo ceux réalisés par Frank Tashlin,"Artistes et Modèles" ("Artists and Models", 1955) et leur dernière collaboration, "Un vrai cinglé de cinéma" ("Hollywood or Bust," 1956), où le style visuel haut en couleur de Tashlin, qui influencera sans doute les propres réalisations de Jerry Lewis, ajoute une nouvelle dimension à l'art burlesque du duo.
"Quand nous sommes passés devant les caméras, après avoir été ensemble sur scène durant trois ans, nous étions terrifiés. J'ai dit à Dean : "Continuons à faire ce que nous avons fait jusqu'ici. Nous avons notre matériau comique, notre formule. Essayons de nous en dégager pour nous envoler, mais en cas de pépin, on peut toujours y revenir." Eh bien, nous avons toujours décollé! A un fameux comique de l'époque qui s'interrogeait sur notre succès, un serveur a répondu: "On les paie pour qu'ils s'amusent et pour montrer aux gens qu'ils s'amusent." Personne n'a jamais compris que c'était Dean le pilier de notre duo. Sans lui, Jerry Lewis n'aurait été que de la merde! Mais on ne l'a jamais pris au sérieux. Et cela fut très dur pour lui. Il était comme un grand frère que j'aimais encore plus que mon père. Dean n'a jamais rien dit, il a toujours tout encaissé. Je savais qu'il se noyait. Lui, il ne le savait pas, et je ne pouvais rien dire ni rien faire." Jerry Lewis
"The Stooge" 1953 - "The Caddy" 1953
1952 "Sailor Beware" Dans la réalité les incessantes querelles entre les deux acteurs les conduisent à se séparer, à la fin de leur association il ne s"adressait plus la parole. 1956 avec un show au Copacabana marqua leurs dix années de collaboration et leur séparation..
"Dean et moi étions d'accord pour arrêter pendant que nous étions encore debout, au centre de l'arène, et pas à terre. Nous aurions pu continuer deux ou trois ans encore, mais le public aurait vu que nous ne nous amusions plus. Il y a eu une réunion au sommet avec les patrons de toutes les compagnies associées à notre duo: Paramount, NBC, Decca, Universal. On valait 300 millions de dollars, ils voulaient qu'on continue, et on avait un contrat de huit ans. Dean a dit: «Regardez mon partenaire. Il y a quelque chose qu'aucun de vous ne peut comprendre. Moi, je peux continuer à aller sur scène avec lui, pas de problème. Mais lui ne tiendrait pas le coup plus de dix minutes s'il avait le sentiment de ne plus être aimé, d'être là juste pour l'argent, et il vous dirait ce que je vais vous dire: allez vous faire foutre!» Voilà ce qu'il a dit! Je l'aimais. Je ne cesserai jamais de l'aimer, mais je ne pouvais plus travailler avec lui." Jerry Lewis
Pour Nick Tosches, auteur d'une biographie "non autorisée" de Dean Martin, Dean Martin était un menefreghista, un "type qui n'en a rien à foutre". "La Guerre de Troie, la seconde guerre mondiale, la Guerre Froide, qu’est-ce qu’il en avait à foutre ? Sa hernie était plus importante que l’Histoire. Il se souciait autant de la guerre de Corée que la guerre de Corée se souciait de sa putain de hernie. Il traversait son propre monde. Un monde qui était en partie ce qui prenait l’ascendant sur son public, tout autant que la catharsis de cette absurde bouffonnerie ; et ce monde continuerait à prendre l’ascendant, bien après que la catharsis aurait perdu toute signification et tout pouvoir, tel un rite mystérieux oublié. Son air de romantisme insouciant reflétait les séductions tapageuses et douces d’un monde où tout se ramenait aux filles, à l’alcool et au fric, avec des plâtrées de linguine en accompagnement." Nick Tosches, "Dino, La belle vie dans la sale industrie du rêve"
1955 Lewis et Marti avec Marylin Monroe
Après la séparation, Jerry Lewis tournera encore 5 films sous la direction de Tashlin : "Trois bébés sur les bras" ("Rock-a-bye Baby," 1958), "The Geisha Boy" (1958), "Cendrillon aux grands pieds (Cinderfella," 1960), "Un chef de rayon explosif (Who's Minding the Store, 1963) et Jerry chez" les cinoques" ("The Disorderly Orderly," 1964). Apres quelques années d'absence Jerry Lewis revint au cinéma au début des années 1980 dans "Au boulot... Jerry !" ("Hardly Working"), qu'il joua et réalisa, puis en 1983 avec un rôle à contre-emploi dans La "Valse des pantins" ("The King of Comedy"), de Martin Scorsese. En 1993, on le voit dans le "Arizona Dream", d'Emir Kusturica aux côtés de Johnny Depp, Faye Dunaway.
Dino alignera les succès, adjoint alcoolique du shérif de "Rio Bravo", légende vivante de Las Vegas, présentateur du show télévisé le plus regardé d'Amérique, "image d'un individu pour qui une seule blague idiote dépasserait de loin tout Sophocle", figure de proue de la "cool music", il fut un des plus célèbres "crooners" américains. Il meurt en décembre 1995.