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Claude Lévi-Strauss au Brésil sur les bords du Machado 1935-1939
Pour approfondir le sujet
>> Archives video et audio INA sue Lévi-Strauss
>> Tristes tropiques livre de C Lévi-Strauss (lien Alapage)
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"Je
hais les voyages et les explorateurs. Et voici que je m’apprête à
raconter mes expéditions. Mais que de temps pour m’y résoudre ! Quinze
ans ont passé depuis que j’ai quitté pour la dernière fois le Brésil
et, pendant toutes ces années, j’ai souvent projeté d’entreprendre ce
livre; chaque fois, une sorte de honte et de dégoût m’en ont empêché. Eh
quoi? Faut-il narrer par le menu tant de détails insipides,
d’évènements insignifiants? (…) Pourtant, ce genre de récit rencontre
une faveur qui reste pour moi inexplicable. L’Amazonie, le Tibet et
l’Afrique envahissent les boutiques sous forme de livres de voyages,
comptes rendus d’expéditions et albums de photographies où le souci de
l’effet domine trop pour que le lecteur puisse apprécier la valeur du
témoignage qu'on apporte. Loin que son esprit critique s’éveille, il
demande toujours davantage de cette pâture, il en engloutit des
quantités prodigieuses. C’est un métier, maintenant, que d’être
explorateur; métier qui consiste, non pas, comme on pourrait le croire,
à découvrir au terme d’années studieuses des faits restés inconnus,
mais à parcourir un nombre élevé de kilomètres et à rassembler des
projections fixes ou animées, de préférence en couleurs, grâce à quoi
on remplira une salle, plusieurs jours de suite, d’une foule
d’auditeurs auxquels des platitudes et des banalités sembleront
miraculeusement transmutées en révélations pour la seule raison qu’au
lieu de les démarquer sur place, leur auteur les aura sanctifiées par
un parcours de vingt mille kilomètres."
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Le chef Taperai, Kunhatsin son épouse principale, Maruabai, mere de Kunhatsin, co épouse de Taperai
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Tristes
tropiques fut publié en 1955, Claude Lévi-Strauss a alors 47 ans, dans
la collection « Terre humaine », créée par l'ethnologue Jean Malaurie
dans le but de diffuser un nouveau genre de livre, à mi-chemin
entre l'essai littéraire et l'ouvrage savant : il s'agissait par là de
sensibiliser un large public à la démarche anthropologique, en
permettant à l'ethnologue de livrer impressions, souvenirs et états
d'âme. Elégance du style, beauté des descriptions, mais aussi constat
amer que "l’air devient partout aussi lourd" à cause d’une
"civilisation proliférante et surexcitée" qui laisse derrière elle "des
terrains vagues grands comme des provinces… et un relief meurtri" . On
découvre, les petits groupes indiens si fragiles qu’il suit dans leurs
pérégrinations nomades, cette "humanité si totalement démunie" où se
retrouve "quelque chose comme l’expression la plus émouvante et la plus
véridique de la tendresse humaine"
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Indiens Nambikwaras
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Pour Lévi-Strauss le voyage n'est qu'une illusion, parce que la civilisation occidentale a détruit presque totalement les civilisations. Les récits de voyage nous trompent parce qu'il n'y a plus désormais d'ailleurs, et que l'évasion se révèle impossible. En effet, la puissance conquérante de la civilisation occidentale a transformé le globe : "Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait être encore pour que nous échappions à l'accablante évidence que 20 000 ans d'histoire sont joués" Il décrit certes, les particularités culturelles des Indiens Bororos, Nambikwaras, Tupis vivant sur le plateau du Mato Grosso (Brésil), qu'il a côtoyés pendant des années, mais, au fil des pages, il se rappelle aussi son exode vers New York au moment de l'occupation allemande en France, son passage par les Antilles... livre son imaginaire "Je pense d’abord au Brésil comme à un parfum brûlé" et parle de ses émotions, de ses peurs ou des soins donnés à Lucinda, le petit singe accroché à sa botte.
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Tristes tropiques est aussi un grand livre d’ethnologie. Il contient des analyses théoriques éclairantes ainsi qu’une réflexion sur la nature même de l’aventure ethnographique. C’est l’un des textes fondateurs de l’ethnologie contemporaine. Les "primitifs" étaient avant Lévi-Strauss appréhendés par les anthropologues en référence à la civilisation occidentale : peuples sans écriture ils étaient considérés comme hors de l’Histoire et dotés d’un système archaïque de pensée. Il fallut un regard neuf et dépourvu de tout préjugé pour observer que la complexité sociale et familiale de certains groupes aborigènes rendaient en comparaison la nôtre fort rudimentaire, et sortir de l’échelle de valeurs qui faisait de l’anthropologue un distributeur de coefficient de civilisation.
Dès sa parution Tristes Tropiques fut un gros succès de librairie.
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Claude Lévi-Strauss
Né en 1908, à Bruxelles (Belgique), dans une famille aisée et artiste. Il fait ses études à Paris, le droit jusqu'à la licence, et la philosophie; il est reçu à l'agrégation de philosophie en 1931. Après deux ans d'enseignement de la philosophie, il est nommé membre de la mission universitaire au Brésil, professeur à l'Université de São Paulo (1935-1938). De 1935 à 1939, il organise et dirige plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie
"Ma carrière s'est jouée un dimanche de l'automne 1934, à 9 heures du matin, sur un coup de téléphone. C'était Célestin Bouglé, alors directeur de l'École normale supérieure ; il m'accordait depuis quelques années une bienveillance un peu lointaine et réticente : d'abord parce que je n'étais pas un ancien normalien, ensuite et surtout parce que, même si je l'avais été, je n'appartenais pas à son écurie pour laquelle il manifestait des sentiments très exclusifs. Sans doute n'avait-il pas pu faire un meilleur choix, car il me demanda abruptement : Avez-vous toujours le désir de faire de l'ethnographie ? -Certes ! -Alors, posez votrecandidature comme professeur de sociologie à l'Université de ão Paulo. Les faubourgssont remplis d'Indiens, vous leur consacrerez vos week-ends."
De retour en France il est mobilisé en 1939-1940 puis affecté au lycée de Montpellier. Après sa révocation en raison des lois raciales,il réussit à se rendre aux Etats-Unis en 1941, sur un paquebot où il voyage avec André Breton. Il enseigne à la New School for Social Research de New York. Engagé volontaire dans les Forces françaises libres il est affecté à la mission scientifique française aux États-Unis.
De 1945 jusqu'à la fin de 1947, il est conseiller culturel auprès de l'ambassade de France à Washington.
Il devient sous-directeur du musée de l'Homme en 1949, puis directeur d'études à l'École pratique des hautes études, chaire des religions comparées des peuples sans écriture. En 1959, il est élu à la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France; il y fonde l'année suivante le laboratoire d'anthropologie sociale et la revue l'Homme. Il est reçu en 1973 à l'Académie française au fauteuil d'Henry de Montherlant.
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