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Pour approfondir le sujet
>> webcamus.free.fr
>> L'homme Révolté Albert Camus (lien Alapage)
>> Camus Sartre, amitié et combat de Ronald Aronson (lien Alapage)
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"Je me révolte, donc nous sommes" Albert Camus Albert Camus fut un des premiers écrivains à saluer "Le Mur" et "La Nausée". Sartre et Camus se rencontrent à la générale des Mouches, la pièce de Sartre, sous l’Occupation. Une véritable amitié unit un temps les deux hommes qui partageaient la même passion du théâtre et qui étaient tous les deux issus de la Résistance même si celle de Camus fut plus active. Dès la Libération,Camus avait ouvert les colonnes du journal "Combat" à Sartre, l'envoyant en reportage aux USA. "Jamais je ne vis Sartre aussi joyeux que le jour où Camus lui offrit de représenter Combat" Simone de Beauvoir. Les deux hommes se voient souvent, partageant un petit cercle d'amis communs dont Simone de Beauvoir s’inspira pour "Les Mandarins".
"Le descendant des Schweitzer aux aïeux couverts de diplômes, de culture, de technique d’orgue, de livres reliés à tranche dorée, d'éthique protestante et de programmes pédagogiques, face au fils de Catherine Sintès, analphabète, femme de ménages à Belcourt, le quartier ouvrier d'Alger. (...) Camus était un autodidacte et un assoiffé ; Sartre était un nanti." Annie Cohen-Solal. Bien après la mort de Camus et leur rupture, Sartre, méprisant, décrivait de façon dévalorisante leur relation "On ne pouvait pas pousser très loin sur le plan intellectuel parce qu'il s'effrayait très vite; en fait, il avait un côté petit voyou d’Alger, très truand, très marrant…on s'amusait bien ensemble, il avait un langage très vert, et moi aussi, d’ailleurs on racontait un tas de cochonneries et sa femme et Simone de Beauvoir feignaient être scandalisées".
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Alber Camus, gardien de but à Alger
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1943, Paris , création des "Mouches" de Sartre
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En 1947, avec "La Peste" Camus entreprend une réflexion sur le thème de la révolte : à Oran des rats porteurs de la peste sont découverts et, dès la mort des premières victimes, les habitants placés en quarantaine et confrontés à leur sort présentent différentes formes de réaction : panique, indifférence, mysticisme ou résignation. Le docteur Rieux, bientôt rejoint par d’autres volontaires, décide de résister; s’organise pour soulager la souffrance et combattre le fléau. Dans ce récit symbolique, la peste emblème du mal agit aussi comme un révélateur qui met l’Homme face à lui-même, l’incitant au renoncement ou à la révolte.
En 1951 avec "l’Homme révolté" Camus poursuit sa réflexion sur ce thème, il y explique que la révolte naît spontanément dès que quelque chose d’humain est nié, opprimé; elle s’élève par exemple contre la tyrannie et la servitude. Parce que la révolte n’est pas un principe abstrait mais l’action nécessairement limitée d’un individu, elle représente, pour Camus, la seule "valeur médiatrice" grâce à laquelle l’absurde peut être provisoirement dépassé. De Marx au stalinisme, il met à jours les mécanismes qui transforment la révolution en césarisme. il met en cause le dogmatisme et le caractère prophétique de la pensée de Marx aggravée par la pensée léniniste qui instaure l'efficacité comme valeur suprême. Tout est prêt pour que la dictature provisoire se prolonge. C'est la terreur rationnelle. La révolution a tué la révolte.
Enfin, L'homme révolté pose une réflexion sur le terrorisme, Camus désapprouve fermement le terrorisme. Il croit qu'il n'y a pas une vérité qui vaille la peine qu'on tue en son nom. Il oppose aux extrémistes un non révolté à la condition humaine et un oui à la vie. En rupture avec le milieu intellectuel de son temps, il refuse d’admettre qu’il y a une bonne violence et une mauvaise violence. Comment, se demande-t-il, prendre en considération la cause sans pour autant en légitimer tous les moyens ? Comment imaginer une issue politique à un combat qui consciemment ou non détruit à terme toute vie politique. En 1957, à Stockholm où il reçoit le prix Nobel, Camus répond à un étudiant algérien qui l’interpelle durement : "En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la question, je préfère ma mère à la justice". Cette condamnation du terrorisme lui vaut d’être accusé par l’intelligentsia progressiste de soutenir le pouvoir colonial.
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Camus à "Combat" en 1944
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De gauche à droite, en haut : Jacques Lacan, Cecile Eluard, Pierre Reverdy, Louis Leiris, Pablo Picasso, Fanie de Campan, Valentine Hugo, Simone de Beauvoir, Brassai, en bas : Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Michel Leiris, Jean Abier
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La critique féroce et injuste de "l’Homme révolté" par Francis Jeanson, dans Les Temps Modernes, revue dirigée par Sartre mettra un terme défnitif aux relations de Camus avec Sartre. Jeanson reproche à Camus d'adopter la position d'un intellectuel au dessus des conflits réels. Il qualifie sa révolte de révolte métaphysique. Il lui reproche de s'en prendre aux perversions de la révolution (celle de 1789 comme cellet de 1917). En bref, il lui reproche de n'être pas marxiste, de ne pas vouloir prendre en compte les "urgences de l'histoire" et les nécessités d'une lutte efficace. En un mot déjà il s'agissait "de ne pas désespérer Billancourt"
Ignorant Jeanson, Camus envoie une réponse à "Monsieur le directeur" de la revue (Jean Paul Sartre). Elle en couvrira dix-sept pages."On trouve dans votre article (...) le silence ou la dérision à propos de toute tradition révolutionnaire qui ne soit pas marxiste. La Première Internationale et le mouvement bakouniniste, encore vivant parmi les masses de la CNT espagnole et française sont ignorés. Les révolutionnaires de 1905 dont l'expérience est au centre de mon livre sont totalement passés sous silence. (...) [Votre article] fait silence sur tout ce qui, dans mon livre, touche aux malheurs et aux implications proprement politiques du socialisme autoritaire. En face d'un ouvrage qui, malgré son irréalisme, étudie en détail les rapports entre la révolution du XXème siècle et la terreur, votre article ne contient pas un mot sur ce problème et se réfugie à son tour dans la pudeur.(...)"
"L'homme révolté" tente de montrer que les sacrifices exigés, hier et aujourd'hui, par la révolution marxiste ne peuvent se justifier qu'en considération d'une fin heureuse de l'histoire et qu'en même temps la dialectique hégélienne et marxiste, dont on ne peut arrêter le mouvement que de façon arbitraire, exclut cette fin (...). Libérer l'homme de tout entrave pour ensuite l'encager pratiquement dans une nécessité historique revient en effet à lui enlever d'abord ses raisons de lutter pour enfin le jeter à n'importe quel parti, pourvu que celui-ci n'ait d'autres règle que l'efficacité(...) je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n'ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêves leurs leçons d'efficacité de la part de censeurs qui n'ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l'histoire, je n'insisterai pas sur la sorte de complicité objective que suppose à son tour une attitude semblable".
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Jean Paul Sartre en 1948
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Camus à "L'Express" en 1955
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Sartre répond et marque la rupture définitive de leur amitié : "Mais dites-moi, Camus, par quel mystère ne peut-on discuter vos oeuvres sans ôter ses raisons de vivre sa vie à l'humanité ? Mon Dieu, Camus, comme vous êtes sérieux, et, pour employer un de vos mots, comme vous êtes frivole ! Et si votre livre témoignait simplement de votre incompétence philosophique ? S'il était fait de connaissances ramassées à la hâte de seconde main ? .. Avez-vous si peur de la contestation ? Je n'ose vous conseiller de vous reporter à la lecture de "L’Etre et le Néant", la lecture vous en paraîtrait inutilement ardue. Vous détestez les difficultés de pensée. (...) Notre amitié n'était pas facile, mais je la regretterai. Si vous la rompez aujourd'hui, c'est sans doute qu'elle devait se rompre. Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop: l'amitié, elle aussi, tend à devenir totalitaire (...)"
Les deux hommes ne se reverront plus. En 1952, Camus démissionne de l' UNESCO pour protester contre l'entrée dans cette organisation de l'Espagne franquiste. En 56 alors que l'armée rouge écrase l'insurrection hongroise à Budapest, Sartre à son tour (suivi d'un grand nombre d'intellectuels) rompt avec le parti communiste. Mais la guerre d'Algérie oppose à nouveau Sartre, partisan de l'indépendance, à Camus, qui veut encore croire à un compromis.
Le 4 janvier 1960, Camus se tue dans un accident de voiture. Alors qu'il avait prévu de se rendre à Paris par le train, Michel Gallimard lui propose de profiter de sa voiture. On retrouvera dans la voiture le manuscrit inachevé du "Premier Homme" et dans l'une de ses poches un billet de chemin de fer.
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1957 Camus reçoit le prix Nobel
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Albert Camus, Maria Casarès- Clic pour zoomer |
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Albert Camus
Albert Camus (1913-1960) est né en Algérie. Son
père meurt des conséquences d’une blessure lors de la première bataille
de la Marne, sa mère d’origine espagnole doit travailler comme femme de
ménage. Camus a passé son enfance dans un quartier pauvre d’Alger.
Remarqué par son instituteur à l’école primaire, Louis Germain il a
obtenu une bourse qui lui a permis de faire des études secondaires au
lycée Bugeaud d'Alger. Il y découvre les joies du football et de la
philosophie, grâce à son professeur Jean Grenier.
En 1935, il adhère au parti communiste, parti qu'il quittera en 1937. En
1936, diplômé d'Etudes Supérieures de philosophie, il fonde le Théâtre
du Travail et joue et adpate de nombreuses pièces : Le temps du mépris
d'André Malraux, Les Bas-Fonds de Gorki, Les frères Karamazov de
Dostoïevski. En 1938, il devient journaliste à Alger-Républicain.
En 1940 Albert Camus épouse Francine Faure, une Oranaise. Il
entre à Paris-Soir comme secrétaire de rédaction. En mai, il termine
"L'Etranger" et commence "le Mythe de Sisyphe" qu'il terminera en 1941. |
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Francine et Albert Camus 1946 - Clic pour zoomer |
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Fuyant l'invasion nazie il retourne à Oran au début de 1941. Janvier
1942 Camus est malade, son second poumon est atteint par la
tuberculose. Sa femme Francine est enseignante, et ils attendent août
suivant pour se rendre dans la "maison-forte" du Panelier, à quatre
kilomètres du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne. Francine repart
enseigner début octobre en Algérie, et Camus compte la rejoindre fin
novembre.Mais il se retrouve bloqué par le débarquement allié en
Afrique du Nord et l’occupation totale de la France par les allemands.
En janvier 1943 à Paris fait la connaissance de Maria Casarès, avecqui il entretiendra une liaison passionnée. En
juin, il est à nouveau à Paris et rencontre Sartre à la générale des
Mouches. Cette même année, Pia, engagé dans le mouvement Combat,
l’introduit dans la Résistance. Camus prend bientôt en mains Combat, le
journal clandestin créé fin 1941 par le mouvement, qui tire à trois
cent mille exemplaires et auquel il apporte la signatures de Sartre. |
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Camus et Malraux (en uniforme) à "Combat" en 1944 - Clic pour zoomer |
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En 1944 Jean-Paul Sartre lui demande de mettre en scène sa pièce "Huis Clos", "l'admirable
conjonction d'une personne et d'une œuvre" écrit Sartre de Camus à
cette époque. "Huis clos" est jouée en mai 1944 après des répétitions
avec Camus, mais on a demandé à Sartre, au dernier moment, de choisir
un metteur en scène de plus grande renommée, qui montera la pièce au
théâtre du Vieux Colombier.
En 1945, la création de "Caligula", révélera
Gérard Philipe ; La même année Camus retourne en Algérie alors que se
produit le soulèvement de Sétif, sur lequel il tente d'alarmer
l'opinion métropolitaine. C'est aussi l'anée de la naissance de ses
enfants. Catherine et Jean. Deux ans plus tard Camus remportera un
immense succès avec "La Peste" |
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Camus et ses enfants 1957 - Clic
pour zoomer |
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En 1951, "l'Homme Révolté" entrainera la rupture définitive entre Camus et Sartre..
En 1956, revenu à Alger, Camus
lance un appel à la trêve qui est accueilli avec hostilité par ses
compatriotes.Il publie "La Chute" ; une œuvre qui dérange et déroute
par son cynisme et son pessimisme.
Il obtient le prix Nobel en octobre 1957 "pour
l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant
les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes". |
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Francis Jeanson
Francis Jeanson (né en 1922) dut à son premier livre, "Le Problème moral et la pensée de Sartre", d’être remarqué par Sartre. Dès 1948, il fait partie des principaux rédacteurs des Temps Modernes. Jeanson seconda Sartre dans tous ses combats intellectuels, notamment lors de la controverse qui l’opposa à Albert Camus.
En 1956, il refusa de condamner l’intervention soviétique en Hongrie et prend ses distances avec Sartre. Il entré dans la clandestinite en 1957 et fonde un réseau de soutien au FLN Algérien qui convoya des responsables algériens clandestins et les fonds collectés par les membres du FLN dans la population algérienne de métropole, "les porteurs de valises".
Jugé par contumace, Francis Jeanson est condamné, à dix ans de prison ferme. A ce moment, il a quitté la France. Quand il revient, au bout de quelques années, il est arrêté. Et aussitôt relâché. "C’est de Gaulle, raconte-t-il, qui a signé mon ordre de mise en liberté provisoire."
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