"Je crois que l'homme aujourd'hui réalise qu'il est un accident, que son existence est futile et qu'il a à jouer un jeu insensé."
Bacon fut chassé de la maison à l’âge de 16 ans par son père, lequel, dans un même temps, réprouve l’homosexualité de son fils et ses ambitions de devenir peintre. Secret, il avait plusieurs vies "était capable de sortir d’une bagarre avec son ami pour retrouver l’épouse d’un collectionneur et l’inviter à boire un verre au Ritz, quitter cette dernière et aller se faire tabasser à Soho par une bande de mauvais garçons, ou bien encore jouer sa fortune au casino» rapporte son biographe et ami, Michel Peppiatt auquel l’artiste confiait "il faut être discipliné en tout, même dans la frivolité, surtout dans la frivolité"
Le travail de Bacon n’est réellement reconnu qu’après la Seconde Guerre mondiale : ses œuvres provoquent des réactions extrêmes, souvent d’intense répulsion, tant elles sont violentes et expressives. La figure humaine y est isolée dans un environnement neutre, disloquée, amputée, contorsionnée, comme torturée, parfois enfermée dans une cage, elle peut être associée à un bœuf écorché (référence à Rembrandt), ou figurée hurlant comme dans la série d’études d’après le Portrait du pape Innocent X de Vélasquez. Pour Bacon, tout individu qui souffre est de la viande, zone commune de l’homme et de la bête.
Head 1948 - Head 1949
Le Bacon des années 50, se cherchait encore. Il faisait beaucoup de tentatives et détruisait beaucoup à la différence des années 70 où, selon Michel Peppiatt, "il atteint une maîtrise quasiment parfaite, mais en même temps, il n’y a plus cette lutte avec le sujet, avec la matière". Le tableau qui l’a hanté toute sa vie, le Portrait du pape Innocent X, par Velazquez, avait d’ailleurs été refusé par le pontife commanditaire parce "trop vrai". Bacon, qui en était proprement obsédé, le considérait comme " le plus remarquable portrait jamais peint ". Il était fasciné par "sa couleur magnifique ", bien qu’il n’ait jamais vu l’oeuvre véritable avant la fin de sa vie. Les reproductions lui suffisaient. Il les froissait, les déchirait, les amputait, les crayonnait, s'autorisant après coup les interprétations les plus surprenantes. Bacon réalise entre 1950 et 1965 une série de quarante cinq tableaux en travaillant à partir de ce portrait. "Peindre le cri plutôt que l'horreur", c'est ce que déclarait Francis Bacon à David Sylvester en 1976. "Le pape est unique, dit-il aussi. Etre le pape le met dans une position unique et ainsi, comme dans certaines grandes tragédies, c'est comme s'il était hissé sur un dais et que la grandeur d'une telle image pouvait, delà, se déployer sur le monde".
"Auparavant, j'avais acheté ce très beau livre colorié à la main sur les maladies de la bouche, et quand j'ai fait le Pape criant, je ne voulais pas le faire de façon dont je l'ai fait : je voulais faire la bouche, avec la beauté de sa couleur et tout le reste, semblable à l'un des couchers de soleil ou autre chose de Monet , et pas simplement le Pape criant. Si je le refaisais,-et j'espère que grâce à Dieu, je ne le referai jamais- je le ferais comme un Monet".
Velazquez Innocent X - Bacon Etude VII 1953
Francis BaconBien que fasciné par la photo (des photogra- phies de Muybridge représentant la décom- position des mouve- ments d’un homme en marche ont été retrou- vées dans son atelier) Bacon ne lui accordait aucune valeur esthétique car même lorsqu’elle cesse d’être seulement figurative, c’est-à-dire de représenter quelque chose, elle ne peut arriver à une déformation de la “chose vue” ; en ce sens elle est le contraire de la peinture.Chacun peut avoir sa propre lecture de l’oeuvre de Bacon mais cela ne restera jamais qu’une lecture parmi tant d’autres possibles: ici voit-on une chauve-souris écartelée sur la croix, là un condamné à mort sur le fauteuil papal, hurlant de douleur, drapé dans de majestueux vêtements sacerdotaux et exhibant des dents acérées, ou là encore un amas de muscles déchirés noués qui pivotent sur eux-mêmes. Mais, au final, chacun ne fait qu’assembler des images et des interprétations. «Si quelque chose est fort, les gens pensent que c’est douloureux. En fait, je ne crois pas que mes tableaux aient quelque chose à voir avec la douleur. Mais ils n’ont surtout rien à voir avec la séduction. La réalité émeut, fascine, effraie, émerveille ou excite, mais elle ne séduit pas».
Etude pour la tête 1952 - Etude 1953
On s'accorde à penser que Picasso et Bacon sont les deux peintres majeurs du XXe siècle, on remarqua qu'aucun des deux n'abandonna la représentation de la figure humaine, ni ne produisit de toile abstraite. C’était un athée virulent mais en même temps il a connu deux obsessions au début de sa carrière, le Pape et la Crucifixion une contradiction très féconde.
Etude pour un portrait 1950 - Clic pour zoomer
Etude pour un portrait 1953 - Clic pour zoomer
Portrait avec viande 1954 - Clic pour zoomer
Chimpanze - Clic pour zoomer
Pape et chimpanzé 1962- Clic pour zoomer
Francis Bacon
Bacon (1909-1992) naît à Dublin en Irlande de parents anglais. Il est rejeté par sa famille lorsque son homosexualité est découverte. Bacon passe plusieurs années à Berlin et à Paris. De retour à Londres, il s'installe comme décorateur et peint ses premières toiles influencé par le surréalisme et de Picasso.
Il peint pendant la guerre un triptyque, Trois Etudes pour des figures au bas de la croix (1944), qui fait scandale lors de son exposition à la Lefevre Gallery (Londres, 1945).Il détruira une grande partie des œuvres exécutées avant 1944. Il ne subsiste que dix toiles de sa première période. Bacon renie ce travail car il trouve que le décalage entre sa vision du monde et ce qu'il réussit à peindre est trop grand.
En 1946 il commence la série des "Têtes" qui préfigure celle des "Papes". En 1956 Il peint la première des huit toiles inspirées d’une œuvre que Van Gogh réalise lors de son séjour à Arles, Autoportrait sur la route de Tarascon.
Dans les années 1960, Bacon se lie à George Dyer et qu’il en tire un premier portrait : Trois études pour un portrait de George Dyer. Il devient le sujet de nombreuses toilespeint plusieurs triptyques emblématiques. Après le suicide de son compagnon George Dyer en 1972, l’artiste réalise trois triptyques où il décrit de manière obsessionnelle la scène du drame ; il peint également de nombreux autoportraits.