ACCUEIL arrow ........ ARTS PLASTIQUES arrow Jean Fautrier
Jean Fautrier
Arts plastiques dans les années 50
paysage-sombre-1958.jpg

Jean Fautrier - Paysage sombre 1958

A consulter sur le sujet
>> un site personnel consacré à J. Fautrier
>> Jean Fautrier - Les otages et les partisans de B. Hedel Samson (Alapage)
>> Jean Fautrier ouvrage collectif (Alapage)


 
"Une étrange pâte, et fort déplaisante à regarder. Ce qui forme tant de vapeurs et de poudroiements, les plus subtils peut-être mais les plus violents qu’on ait jamais vus dans un tableau, ce sont d’épais grumeaux aplatis, un badigeon de fard, tout un sabrage de craie grasse. L’on découvre que Fautrier s’est fabriqué une matière à lui, qui tient de l’aquarelle et de la fresque, de la détrempe et de la gouache, où le pastel broyé se mêle à l’huile, à l’encre et à l’essence. Le tout s’applique à la hâte sur un papier gras, qu’un enduit colle à la toile. L’ambiguïté en quelque sorte y quitte le sujet. Elle se fait peinture." Paulhan

Jean Fautrier a créé dès les années vingt une peinture qu’on a pu qualifier de "figuration informelle". Matière et gros empâtements sur papier marouflé ou sur toile donnent à sentir l’épaisseur de la substance mais sans mimer sa forme. Francis Ponge, l’un de ses admirateurs l’estime le peintre "le plus révolutionnaire du monde à ma connaissance depuis Picasso ...Chacun de ses tableaux s’ajoute à la réalité avec vivacité, résolution, naturel." S’ajoute : ne la reproduit pas.

Jean Fautrier est né à Paris en 1898. Après la mort de son père, Fautrier est emmené par sa mère à Londres où il fréquente des écoles d'art. Déçu par l'enseignement donné dans ces écoles, Fautrier décide de prendre un atelier et de travailler seul.

Il expose ses premiers tableaux à la Galerie Fabre en 1923. Durant l'année 1927, il réalise une série de peintures (natures mortes, animaux écorchés, nus, paysages) où la couleur noire domine. Jusqu'en 1933, date à laquelle prend fin son contrat d'exclusivité, il se partage entre sculpture et peinture ; il réalise notamment des gravures pour l'édition illustrée de l'Enfer de Dante préparée par Gallimard (qui n'aboutira pas, conséquence de la crise économique des années 30). Alors à court de ressources, Fautrier devient prendant cinq ans montiteur de ski en Savoie ; il se remettra à peindre dès 1937.

fautrier_tetes.jpg

Tête d'otage 1944 Tête de partisan 1956

Après son arrestation par la gestapo et sa libération il s'installe à Châtenay-Malabry. Reclus dans sa maison le peintre entendra presque quotidiennement des éxécutions d'otages par des soldats allemands à deux pas de chez lui. Fautrier exprimera son malaise, son désarroi et son dégoût dans sa série intitulée les Otages. A la suite des Otages Fautrier se passionnera pour l'estampe et multipliera les collaborations et illustrations avec les écrivains.(L'Alleluiah de Bataille, La Femme de ma vie de Frénaud, Fautrier l'Enragé de Paulhan).

De 1952 à 1963 Fautrier multiplie les expositions en France et à l'étranger ( New York, Tokyo... ).et reçoit le grand prix de la biennale de Venise en 1960.

En réaction à l'invasion de la Hongrie en 1956 il peint la suite des Têtes de partisans.

En 1963-1964 il fait don de centaines de ses toiles au Musée d'Ile de France de Sceaux et tourne avec Paulhan et sous la direction de Baraduc un court documentaire sur lui intitulé du nom du livre de Paulhan Fautrier l'Enragé. Il meurt le 21 juillet 1964.

 

 

 

grand-sangliernoir-1926.jpg

Grand sanglier noir 1926

Nature_morte_1927.jpg

Nature morte 1927



Les Originaux multiples

Entre 1949 et 1953, écœuré par le peu de vente qu'il effectue, déçu que ses vrais admirateurs n'aient pas les moyens de s'offrir ses toiles, peu respectueux du "marché de l'art", Fautrier et sa compagne créent les "Originaux multiples". Cette technique, mi estampe mi peinture, aussi appelée "procédé Aeply", permettait de faire avec une œuvre unique de multiples originaux. Les "originaux multiples" seront exposés à Paris et à New York. "L’œuvre unique, écrit Fautrier, avec tout ce qu’elle comporte déjà, pour nous, de
dégoût dans sa touche sacrée et éphémère, œuvre qui, par
sa rareté, vient en contre-sens de la poussée d’une
civilisation qui fabrique ; par sa rareté, conduit à cette sorte
de démonstration historique – le musée – où elle s’expose
dans un vide."
Mais cette technique connaît un cuisant échec. Marchands et collectionneurs craignent l'arnaque et le peu de crédit qu'offre, à leurs yeux, ce type de reproduction. L'échec de Fautrier se poursuit même après l'abandon de ce procédé puisqu'en 1955, malgré une préface de Paulhan, l'exposition "les Objets" n'enregistre pas une seule vente.ce qui lui fit écrire à Jean Paulhan : "Vous m’avez toujours dit que les très grands peintres ne vendent jamais rien au début. Eh bien, soyez satisfait : dans cette exposition, rien n’a été vendu ! "…

Ce fut grâce à Tarica, habile marchand de tapis reconverti en galeriste, que Fautrier commença enfin à trouver des acheteurs pour ses œuvres. Un jour, Tarica accompagna un client américain chez Fautrier qui lui demanda
1 000 francs pour un tableau. L’Américain le trouvant trop cher, Fautrier sortit alors d’un placard six autres tableaux identiques et lui déclara : "Ceux-ci ne valent que dix francs pièce". Etonné, le visiteur essaya de comprendre et Fautrier lui répondit d’un air narquois : "Parce que ceux-ci ont été faits par ma femme de ménage". Il s’agissait en fait des célèbres "Originaux multiples", déstabilisé, le client américain s’en alla sans rien acheter.