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Merce Cunningham danse le hasard
Arts du spectacle des années 50
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Merce Cunningham 1944

Pour approfondir le sujet
>> le site officiel de la Merce Cunningham Company
>> Merce Cunningham de David Vaughan (lien Alapage)
>> Merce Cunningham Dance Company DVD (lien Alapage)

 

 
 
"je compare les idées sur la danse et la danse elle-même à de l'eau... Tout le monde sait ce qu'est l'eau et ce qu'est la danse, mais la fluidité les rend cependant insaisissables".

Merce Cunningham (Mercier Philip Cunningham né en 1919) est un est l'un des chorégraphes les plus influents et novateurs du XXe siècle. Cunningham a étudié la danse à la Cornish School où il a rencontré le compositeur et musicien John Cage, qui allait devenir son principal collaborateur artistique et son compagnon. Avec Cage, il a collaboré avec d'autres contemporains, notamment Jasper Johns, Andy Warhol, David Tudor, Frank Stella et Robert Rauschenberg . Merce Cunningham divise son oeuvre en quatre périodes. Dans la première période il prône une indépendance totale de la musique et de la danse, qui l’une comme l’autre étaient élaborées séparément. Dans la seconde période, Cunningham introduit le hasard. Dans cette utilisation systématique du hasard, il rejoignait les procédés de création musicale de John Cage. La troisième période est celle de l’utilisation de la vidéo, partie intégrante du spectacle dansé. La quatrième période, est celle ou Cunningham utilise le logiciel de chorégraphie assistée par ordinateur Life Forms.

Il danse pour la compagnie de Martha Graham de 1939 à 1945.
Martha Graham était une des grandes figures de ce qui s’appelait alors la "modern dance". Elle renouvelle l'art de la danse en travaillant sur la respiration et les mouvements de contraction et de décontraction du corps. "La grande découverte de Martha Graham, c'est cette relation entre les émotions humaines et leur expression physique. Les mouvements qu'elle a créés avaient pour fonction de décrire ce qu'il se passe à l'intérieur. Elle appelait cela "cartographier le coeur". Quand on travaillait avec elle, il fallait que chaque mouvement corresponde à une intention, à une émotion ressentie. Un mouvement ne devait pas seulement être beau." Janet Eilber
 

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Martha Graham dans "Lamentations" - Cunnigham interprétant "El Penitente" de Graham

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Merce Cunningham et Jean Erdman 1942 - Cunningham, Totem Ancestor, 1942
 
Il quitte la compagnie de Graham en 1945 et crée ses premiers solos. En 1951, dans sa pièce 16 danses pour soliste et compagnie de trois il introduit les éléments du hasard et de l'aléatoire : il joue à pile ou face pour déterminer les combinaisons de mouvements et décider de l'ordre des séquences gestuelles. Ce moyen d’arriver à la création, non par intuition, instinct ou goût personnel, a été une sorte de point de non-retour dans la conception chorégraphique de Cunningham.

1952 le Black Mountain College (une école artistique d’avant-garde de Caroline du Nord) voit le premier "happening" :
une pièce de 45 minutes où Cunningham dansait, Cage parlait, M.C. Richards et Charles Olson lisaient des poèmes, David Tudor jouait du piano préparé, Robert Rauschenberg projetait des diapositives de ses tableaux et passait de vieux disques. Le public, assis au milieu de la "scène", ne pouvait observer simultanément tout ce qui se passait. "Rien d'autre n'avait été prévu que de laisser les choses se dérouler telles qu'elles seraient." La Merce Cunningham Dance Company voit le jour en 1953.

Pour "Antic meet" en 1958 John Cage et Merce Cunningham conviennent ensemble de la durée d'une pièce,
mais ne prennent connaissance de leurs travaux respectifs seulement la veille de la représentation. Cage écrit une partition qui reste indéterminée, aussi bien dans sa longueur (ne tenant même plus compte de l'impératif de la durée), que dans la proportion de ses parties. Les danseurs évoluent sans support rythmique autre qu'une perception intérieure du temps. "de ce fait, même si la danse était réglée, nous ne pouvions utiliser les sons comme repères car ils n'avaient jamais deux fois la même place. " Et Cunningham de conclure : " La liberté des danseurs dans l'espace-temps s'élargissait ."

 

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Jasper Johns, Bill Giles, Anna Moreska, Robert Rauschenberg, Cunningham, et John Cage 1959

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Cunningham dans "Antic meet" 1958
 
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Septet 1964
En 1964 a lieu le premier "Event". "Je compose l'Event à partir de fragments d'oeuvres diver- ses, un peu comme on passe d'une chaîne à l'autre à la télévision. La musique est confiée à trois musiciens qui produisent chacun un son spécial. Ils sont quelquefois préparés, quelquefois non. J'attends aussi de connaître l'espa- ce scénique pour compo- ser la structure d'un soir, de sorte qu'il n'y aura jamais deux Events semblables ". Seul, le temps global du spectacle, est connu par les musiciens et les danseurs; à l'intérieur de ce temps, musiciens et danseurs "zappent" d'une chorégraphie à l'autre, d'une ambiance sonore à l'autre, dans l'autonomie la plus parfaite.

En 1965, Cage et Cunningham élaborent un système d'interaction entre la danse et la musique : Variations V. Gràce a deux techniques : douze perches placées verticalement sont réparties sur la scène, dont chacune possède un rayon sonore sphérique, de 1m20. Chaque fois qu'un danseur pénètre dans ce rayon, un son peut être émis, la deuxième technique consistait en une série de cellules photo-éléctriques placées au sol, de chaque côté de la scène. Les sons étaient déclenchés, chaque fois qu'un danseur passait entre la cellule et le faisceau lumineux d'un projecteur. La nature du son, sa durée et ses éventuelles répétitions, étaient contrôlées par les musiciens placés derrière les machines.

En 1968, Merce Cunningham réalise Rain Forest sur une scène envahie des oreillers argentés gonflés à l'hélium de Andy Warhol. La même année, il réalise "Walkaround Time", en collaboration avec Marcel Duchamp à partir de son "Grand verre" : un soir, à New York, Duchamp, Cunningham et Jasper Johns sont invités à la même fête, Johns a l'idée d'utiliser le Grand Verre de Duchamp comme décor d'un des spectacles de la compagnie de Merce Cunningham. Enthousiasme généralisé sauf pour Duchamp qui demande anxieux "qui s'en occupera ?" ,"moi" répond Johns, soulagé, Duchamp donne son feu vert…
 

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Merce Cunningham, john Cage, Marcel Duchamp 1965

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Variations V 1965
 
Jasper Johns , après Robert Rauschenberg dont la première collaboration remonte à 1952, devient le directeur artistique de la Compagnie en 1968. Merce Cunningham collabore avec l'artiste minimaliste Robert Morris pour Canfield (1969) et Inlets (1977). Bruce Nauman fait le décor de Tread en 1970. Dès 1974, aidé par Charles Atlas, il se sert de la vidéo comme champ d'expérimentation et multiplie les prises de vues de la caméra sous des angles multiples. A partir de 1980, le conseiller artistique de la Compagnie est Mark Lancaster, auquel succéderont en 1984 William Anastasi et Dove Bradshaw. Outre John Cage, plusieurs grands musiciens ont composé pour Merce Cunningham : Pierre Shaeffer et Pierre Henri notamment, ainsi que Pierre Boulez, La Monte Young, Jon Gibson, entre autres. Dans les années 1990, il a été invité à l'Université Simon Fraser en Colombie-Britannique pour mettre à l'essai un logiciel informatique, permettant aux utilisateurs de manipuler des personnages animés. En 1992, Merce Cunningham réalise à l'Opéra de Paris Enter, une pièce élaborée sur ordinateur.

La critique Joan Acocella a écrit de Cunnigham : "Je ne pense pas qu’il existe un autre chorégraphe au monde qui nous rapproche davantage de la vérité. La beauté dépourvue de raisons d’exister, et qui s’assume pleinement comme telle : voilà à quoi la vie aurait pu ressembler avant que nous n’ayons entrepris de la maquiller. Parfois, quand j’observe le travail de Cunningham sur scène, j’ai l’impression de contempler le monde au septième jour, alors que tout est neuf et sans fard — avant le serpent, les larmes et les explications."


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1968 "Walkaround time" d'après "Le grand verre " de Duchamp
 
Anna Halprin 1950 - Clic pour zoomer
 

Anna Halprin

Anna Halprin est née le 13 juillet 1920. Sa mère l’inscrit très tôt à des leçons de danse, elle travaille d’abord dans le style d’Isadora Duncan, puis prend des cours à la Denishawnschool fondée en 1915 par Ruth Saint-Denis et Ted Schawn. Très vite, elle rencontre la "Modern Dance" de Martha Graham, Doris Humphrey, Charles Weidman et Hanya Holm.

D’un apport aussi capital que celui de Merce Cunningham, au même moment, son oeuvre est radicalement différente.
Merce Cunningham et Anna Halprin sont très amis. Tous deux ont réagit contre l’arbitraire de la "Modern Dance ", mais, alors que Merce Cunningham a choisi le hasard, le collage, la technologie, tout en conservant l’esthétique du ballet, Anna Halprin, elle, a choisi une direction diamétralement opposée : elle a introduit le quotidien dans la danse, scruté l’anatomie de l’homme mais aussi ses désirs inconscients, ses pulsions sexuelles, son rapport à la nature à la maladie, à la mort...

Dès les années cinquante,
elle danse en baskets ou en talons aiguille, un peu partout, dans les rues, les hangars,les entrepôts, sous les abribus et même sur le siège arrière d’une voiture, devant un public non prévenu.

 
Anna Halprin in "The Prophetes" 1950 - Clic pour zoomer
 
On doit encore à Anna Halprin d’avoir introduit la notion de "tâche", dont allait s’inspirer toute la génération de la post modern dance ainsi que des musiciens expérimentaux. Elle juxtapose des actions disparates, en privilégiant les gestes issus de la réalité quotidienne. Ce sont les "tasks" (tâches) : se laver, se vêtir, se dévêtir, s’alimenter, porter un objet…Ces "tâches" vont constituer l’un des axes majeurs de la postmodern dance. Il s’agit en effet de fuir le beau geste, de désacraliser la danse en l’arrachant à toute subjectivité.

La Monte Young et Terry Riley deviennent en 1959 et 1960 les codirecteurs musicaux de son travail,
élaborant les premières pièces du courant minimaliste. Lors d’une performance à Los Angeles, ils traînent sur les marches d’un escalier, derrière la scène, des poubelles en métal : "Cela produisait un son d’une violence inouïe !, raconte Terry Riley. C’était tellement intense que les spectateurs ont été effrayés ! Ils ont pensé qu’une catastrophe était arrivée et qu’il leur fallait quitter la scène au plus vite !…"


 
John Cage
 
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John Cage (1912-1992) après avoir travaillé comme jardinier en Californie, John Cage parcourt l'Europe. En 1934 il étudie la composition d'abord avec Cowell puis avec Schoenberg. C'est de cette époque que datent ses premières compositions. En 1937 il forme un orchestre de percussions.La volonté d'accepter tout ce qui semble peu orthodoxe est deja là.

Autre innovation celle du piano préparé,
qui transforme cet instrument en un véritable orchestre miniature de percussions en introduisant des objets divers entre les cordes de ce "piano préparé" qu'il emploie dans des partitions pour ballets. Il crée pour Cunningham des musiques fondées sur le principe d'indétermination en utilisant la méthode de tirage aléatoire du Yi-king, utilise des sons inaudibles ou compose une pièce entièrement silencieuse.

Danst les années 60, il s'intéresse à l'électronique live.
Dans ses oeuvres ultérieures, il s'inspire de toutes ses expériences, en passant de la composition aléatoire avec méthode d'écriture conventionnelle et des expériences sur la description verbale avec des instruments naturels.

"Etre artiste, disait John Cage, c'est d'être engagé par soi-même, et non par quelqu'un d'autre".