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Ionesco : La cantatrice chauve
Arts du spectacle des années 50
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Premiére représentation de La Cantatrice Chauve - 1950

A consulter sur le sujet
>> Archives INA sur Ionesco

>> ionesco.org un site dédié à Ionesco
>> La Cantatrice chauve DVD mise en scène de JL Lagarce (lien Alapage)

 

 
 
Une représentation en 1960
" Un soir, Monica Lovinesco, qui était depuis peu notre assistante à la mise en scène, m'apporta un manuscrit : "J'ai un ami qui a écrit une petite pièce. Tout le monde lui dit que c'est injouable. J'aimerais savoir ce que tu en penses." - "Comment s'appelle ton ami ?" -"Ionesco." Lorsque je lus le manuscrit de L'anglais sans peine, le premier titre de La Cantatrice chauve, ce fut pour moi une découverte : ce texte ne ressemblait en rien à ce que j'avais vu ou lu jusque-là. On y représentait des personnages anglais qui utilisaient entre eux un langage surprenant, paraissant sans suite, mais ayant tout de même une logique. Quelques jours plus tard, je rencontrai Ionesco qui m'expliqua : "Je voulais apprendre l'anglais, j'ai ouvert une méthode Assimil et j'ai découvert tout un monde qui s'exprimait d'une manière étonnante. J'ai donc fait parler mes personnages anglais comme des Français apprenant l'anglais"... Nous avons donc décidé de monter la pièce sans tarder. Le seul problème (à part celui de trouver un théâtre pour la jouer) c'était de changer de titre : L'anglais sans peine nous faisait penser à la pièce de Tristan Bernard L'anglais tel qu'on le parle. Or, un jour, pendant une répétition, le capitaine des pompiers récitant l'histoire du "rhume", eut un trou de mémoire, sauta trois lignes et au lieu de parler d'une cantatrice très blonde, nous présenta une cantatrice… chauve. Ionesco s'exclama : "Le titre est trouvé ! Ce sera La Cantatrice chauve ! " Nicolas Bataille metteur en scène


Mai 1950. L’aventure commence mal. Pas d’argent. On joue sans décor, dans des rideaux. Claude Autan-Lara, par amitié pour Nicolas Bataille, a prêté les costumes de son film Occupe-toi d’Amélie…
Comme le rapporte Jean-Paul Aron, dans son ouvrage Les Modernes (Gallimard, 1984), chacun fait de son mieux : "Pour tenter de meubler la minuscule salle des Noctambules, Bataille et ses camarades, chaque après-midi, boulevard Saint Michel, promènent sur leur dos l’affiche du spectacle…" Paulette Frantz, qui joue Mme Smith, Claude Mansard (M. Smith), Odette Barrois (la bonne), Simone Mozet (Mme Martin), Nicolas Bataille (M. Martin), Henri-Jacques Huet (le capitaine des pompiers)…

 
ionesco_cantatrice_chauve_.jpgAffiche de 1957 - Ionesco et les acteurs de la première de La Cantatrice Chauve - 1950
 
La critique se déchaine : "Il s’agit d’une antipièce. On voit d’ici ce que cette définition peut avoir de provocant, on voit moins ce qu’elle veut dire. En y allant, on comprend : c’est la seule expression juste que M. Ionesco ait découverte." (J.-B. Jeener, Le Figaro). "Il y a d’autres langues, qui ne sont pas étrangères, et que je ne comprends pas mieux pour autant. C’est ainsi que la Compagnie Nicolas Bataille joue quelque chose qui s’appelle une antipièce." (Thierry Maulnier, Le Rouge et le Noir). "Heureusement, nous n’entendrons plus jamais parler de M. Ionesco”, annonce un autre, à l’issue des premières représentations de La Cantatrice Chauve en mai 1950. De tels jugements vont installer durablement Ionesco dans une situation de mystificateur aux yeux du public. Heureusement quelques critiques défendent eux la pièce : "Le théâtre d’Eugène Ionesco est assurément le plus étrange et le plus spontané que nous ait révélé notre après-guerre " Jacques Lemarchand dans le Figaro Littéraire. Les écrivains prennent aussi fait et cause pour Ionesco : Jean Paulhan, André Breton, Armand Salacrou, Raymond Queneau , Jacques Audiberti, Albert Camus … La premiére carriere de la pièce fut courte : un mois vingt cinq représentations. Une deuxième tentative en 1952-53 ne dépassera pas six mois.

Il faudra attendre 1957 et la reprise de la pièce au Théâtre de La Huchette pour voir le tout Paris s'y presser :"La petite salle reçoit chaque soir un public composé de connaisseurs et de snobs retardataires qui viennent en hâte prendre contact avec cet Eugène Ionesco que nul ne doit plus ignorer" Max Favalelli, Ici-Paris. La pièce devient un texte fondateur du théâtre contemporain et fait de Ionescole père du Théâtre de l’absurde. La Cantatrice chauve est toujours à l’affiche du Théâtre de La Huchette, après cinquante années de représentations."C’est en m’enfonçant dans le banal, en poussant à fond, jusque dans les dernières limites, les clichés les plus éculés du langage de tous les jours que j’ai essayé d’atteindre à l’expression de l’étrange où me semble baigner toute l’existence" Eugène Ionesco. Notes et contre-notes. Et démentant les critiques, Eugène Ionesco s’est imposé, de pièce en pièce, comme une des grandes figures de l’art dramatique français du XX e siècle. Il est reçu à l’Académie française en 1970.
Livre théâtre de Massin 1964
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Il est neuf heures du soir‚ dans un intérieur bourgeois de Londres. M. et Mme Smith ont fini de dîner. M. Smith parcourt son journal. Le couple se répand en propos saugrenus, voire incohérents.Ils évoquent notamment une famille dont tous les membres s’appelent Bobby Watson.

Mary, la bonne, annonce la visite d’un couple ami, les Martin. M et Mme Smith quittent la pièce pour aller s’habiller. Mary fait alors entrer les invités, non sans leur reprocher leur retard.

Les Martin attendent dans le salon des Smith. Ils ne se connaissent apparemment pas. Le dialogue qui s’engage leur permet pourtant de constater une série de coïncidences curieuses. Ils sont tous deux originaires de Manchester. Ils ont pris le même train, ont occupé le même wagon et le même compartiment. Ils constatent également qu’ils habitent à Londres, la même rue, le même numéro, le même appartement et qu’ils dorment dans la même chambre. Ils finissent par tomber dans les bras l’un de l’autre en découvrant qu’ils sont mari et femme.

Mary, la bonne, révèle au public qu’en réalité les époux Martin ne sont pas les époux Martin. Elle même confesse d’ailleurs sa véritable identité : "Mon vrai nom est Sherlock Holmes." Les Martin préfèrent ignorer l’affreuse vérité.

Les Smith reviennent. Les Smith et les Martin parlent pour ne rien dire. Puis par trois fois on sonne à la porte d’entrée. Mme Smith va ouvrir, mais il n’y a personne. Elle en arrive à cette conclusion paradoxale : "L’expérience nous apprend que lorsqu’on entend sonner à la porte, c’est qu’il n’y a jamais personne". Un quatrième coup de sonnette retentit. M. Smith va ouvrir. Paraît cette fois le capitaine des pompiers.





Le capitaine des pompiers se plaint alors des incendies qui se font de plus en plus rares. Puis il se met à raconter des anecdotes incohérentes que les deux couples accueillent avec des commentaires étranges.

Réapparaît la bonne, qui souhaite, elle aussi raconter une anecdote. On apprend alors que la bonne et le pompier sont d’anciens amants. Mary souhaite à tout prix réciter un poème en l’honneur du capitaine. Sur l’insistance des Martin on lui laisse la parole, puis on la pousse hors de la pièce. Le pompier prend alors congé en invoquant un incendie qui est prévu. Avant de sortir il demande des nouvelles de la cantatrice chauve. Les invités ont un silence gêné puis Mme Smith répond : "Elle se coiffe toujours de la même façon".

Les Smith et les Martin reprennent leur place et échangent une série de phrases dépourvues de toute logique.Ils finissent par tous répéter la même phrase : "C’est pas par là, c’est par ici !" Ils quittent alors la scène, en hurlant dans l’obscurité.

La lumière revient. M. et Mme Martin sont assis à la place des Smith. Ils reprennent les répliques de la première scène. La pièce semble recommencer. Puis le rideau se ferme lentement.