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En attendant Godot
Arts du spectacle des années 50
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peinture murale- Londres - A. Martinez

La pièce

Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, se retrouvent sur scène, dans un non-lieu ("Route de campagne avec arbre") pour attendre le mystérieux Godot, un homme qui leur a promis de les aider.

Est-ce le bon jour ou le bon endroit ? Peut-être est-il déjà passé ? Au milieu du premier acte, un autre couple entre en scène : Pozzo et Lucky, le premier étant un homme très autoritaire, le propriétaire des lieux si l'on en croit son discours ; le second, une sorte d'esclave, un sous-homme tenu en laisse. Après le célèbre monologue de Lucky, muet le reste du temps, mais qui se lance dans une longue tirade morcellée et inintelligible, les deux nouveaux venus disparaissent.

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Godot n'est toujours pas venu. Un jeune garçon apparaît : il est envoyé par l'absent pour dire qu'il viendra demain. Fin de l'acte I.

La lumière de la scène se rallume sur le même décor. Le premier acte se rejoue à l'identique, plus rapide et avec quelques variations : Estragon ne se souvient pas du premier acte, Pozzo est devenu aveugle. La fin de la pièce ne réserve aucune surprise : un autre garçon vient délivrer le même message. Les deux compères envisagent de se suicider en se pendant à l'arbre. Estragon dénoue sa ceinture, son pantalon tombe. Ils y renoncent parce que comme ils n'ont qu'une seule ceinture, ils devront se pendre l'un après l'autre, et ils veulent mourir en même temps. Enfin, un dernier échange: « Allons-y » dit Estragon. « Ils ne bougent pas » précise Beckett en didascalie.


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Pierre Latour (Estragon), Roger Blin (Pozzo), Lucien Raimbourg, (Vladimir), Jean Martin (Lucky) à la création de En attendant Godot auThéâtre de Babylone en1953.

A consulter sur le sujet
>> En attendant Godot (lien alapage)
>> En attendant Godot dans les archives INA

Le 5 janvier 1953, En attendant Godot est joué pour la première fois au Théâtre de Babylone, à Paris, dans la mise en scène de Roger Blin. Il n'y a pas grand monde, jusqu'au jour où des spectateurs en viennent aux mains. La chose se sait, et il n'en faut pas plus pour que tout le monde veuille voir. Le scandale appelle le triomphe : Godot reste plus d'un an à l'affiche.

Les premières semaines de représentations, la moitié de la salle sortait avant la fin de l'acte I. D'autres spectateurs agacés restaient pour contrarier le jeu des acteurs en huant, et en faisant du bruit. La situation a dégénéré un soir en une bagarre générale et le rideau s'est baissé au début de l'acte II..


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La pièce faillit ne jamais voir le jour refusée par trente-cinq directeursusè-re de théâtre. Son sauveur fut le metteur en scene Roger Blin : "Je connaissais un peu Beckett de réputation, racontera Blin, (...) Beckett avait fréquenté un moment de sa vie les surréalistes et Tristan Tzara qui admirait beaucoup En Attendant Godot et m’en avait beaucoup parlé. Quand j’ai lu Godot, j’ai été séduit immédiatement par l’humour et la provocation (...) J’étais très excité par cette pièce et je désirais la monter très vite".

L'occasion se présenta au théâtre de Babylone, celui-ci etait en faillite. Son directeur Jean-Marie Serreau invita Roger Blin "Je vais fermer boutique, autant finir en beauté !" Et c’est ainsi que Samuel Beckett et Roger Blin prirent possession de la salle du 38, boulevard Raspail. Le temps des répétitions fut très court. La pièce était prête à être jouée. Depuis de longs mois, les comédiens se réunissaient chez Roger Blin pour travailler.L'acteur qui jouait Estragon, Pierre Latour, ne voulait pas laisser son pantalon à la fin de la pièce, car il trouvait cela ridicule. En apprenant cela, Beckett écrivit à Blin pour lui expliquer que la chute du pantalon était une des choses les plus importantes de la pièce. Après de longues négociations, Latour accepta. Le pantalon tomba. L'effet produit fut assez inattendu : ce fut un des rares moments de Godot où personne ne rit.

Le bouche à oreille fonctionne et le bruit circule dans le Tout Paris "qu’il se passe quelque chose au 38, boulevard Raspail". Les amateurs de théâtre viennent en nombre et la pièce est à la mode . Chaque soir affiche complet, Jean-Marie Serreau va emprunter au café voisin des chaises pour les spectateurs de dernière minute. Le théâtre Babylone fut ainsi sauvé pour une année.