"... Quelques années auparavant un de mes amis avait rencontré Philip Johnson (...) cet été-là nous sommes allés rendre visite à Johnson, cet ami et moi, dans la fameuse “Maison de verre” qu’il avait édifiée pour lui-même et qu’il habitait seul, à New Cannaan, dans le Connecticut. Elle occupait le centre d’un parc magnifique où le taxi qui nous ame nait de la gare devait s’enfoncer longuement, en suivant les détours d’une allée : une sorte de Domaine d’Arnheim, complet avec son lac et même son musée souterrain, lui aussi, tout juste achevé et que nous visitâmes, sous la conduite du maître. Dans la Glasshouse elle-même, cette demeure sans murs parmi les frondaisons, une version des Funérailles de Phocion servait de partition entre deux des espaces d’habitation, le bureau et la chambre à coucher, peut-être." Renaud Camus "Nightsound"
La Maison Fansworth de Mies van der Rohe
La Glass house de Johnson
Philip Johnson, une des icônes les plus importantes de l’architecture moderne, est mort en 2005 dans sa Glass House, hommage à la célèbre Farnsworth House de Mies van der Rohe (Philip Johnson a déclaré qu'il a eu l'idée d'une maison de verre après avoir vu les premières esquisses de Mies concernant la Farnsworth) dont le projet esthétique se résume en une formule lapidaire "less is more". Par rapport à la Villa Farnsworth, la Maison de verre affirme un caractère de volume clos et clairement délimité : elle n’est pas surélevée mais ancrée dans le sol par un soubassement, avec des piliers aux quatre angles de la maison. Philip Johnson pousse l’immatérialité de l’architecture à son extrême, impossible d’être plus minimaliste, la maison est faite d’un cadre d’acier noir, de grandes baies vitrées remplaçant les murs, avec un cylindre en briques pour la salle d'eau. Toit plat, matériaux bruts, couleurs neutres, ce rectangle de 17 mètres de long sur 10 de large est une simple ossature de métal brut. La maison reste habitable toute l’année. Sous le plancher en carreaux de céramique se trouve un système de chauffage à l'eau chaude. En été, la présence d’un promontoire procure une ombre sur les façades Ouest et les arbres lorsqu’ils sont en feuilles protègent l’ensemble des façades vitrées.La plupart des meubles, dont le modèle original du lit de repos, proviennent de l'appartement new-yorkais de Philip Johnson. Ils ont été conçus en 1930 par Mies van der Rohe.
A sa construction, la maison a défrayé la chronique, Johnson fut accusé de produire une architecture indigente et de promouvoir un mode de vie indécent. On raconte que Mies invité à l'inauguration n’aurait pas réussi à dormir dans cette maison et se serait enfui chez lui à l’aube.
Sur le vaste terrain qui entoure la maison, Johnson a adjoint son antithèse opaque, la maison d’amis, en brique. Au fil des ans il a créé diverses "folies", colonnades sur l’eau, galerie souterraine, tour... En 1970 il dessine un espace au toit de verre destiné aux sculptures, l'endroit est rempli d'oeuvres d'art, dont certaines réalisées par Frank Stella, Robert Rauschenberg et George Segal, en 1980 c'est autour de la bibliothèque d'apparaitre dans le paysage, suivra la Maison fântome, hommage à Frank Gehry, la dernière construction sera le centre d'accueil des visiteurs "Da Monsta".
Philip Johnson en 1949 devant sa Maison de verre - La Glass house
La maison des invités - La bibliothèque
Philip Johnson est né en 1906 à Cleveland (Ohio), dès 1932, il dirige le département d'architecture du MoMA, visite l'Europe, où il rencontre, Gropius et Mies Van der Rohe, ainsi que Le Corbusier. En 1936, il abandonne son poste du MoMA pour tenter de fonder un parti pronazi, il aida néanmoins Ludwig Mies van der Rohe à fuir l'Allemagne."(...) il est vrai que les architectes sont souvent attirés par le pouvoir. Le Corbusier essayait d’intéresser le régime de Vichy et Staline à ses projets. Philip Johnson était quelque peu une chemise noire amateur. Avant de quitter l’Allemagne, Walter Gropius et Mies van der Rohe étaient très proches des Nazis. On peut voir pourquoi. Pour construire à une grande échelle vous avez besoin d’autorité et de beaucoup d’argent. Et les architectes aux dispositions utopiques, qui rêvent de transformer pas seulement la ligne d’horizon , mais notre manière de vivre, sont des surgeons naturels pour le totalitarisme. Et, en fait, des surgeons pour l’excès capitaliste. Tout dépend du client" Ian Buruma
C’est seulement en 1940, qu’il décide d'entreprendre des études d’architecture auprès de maîtres comme Walter Gropius ou Marcel Breuer. Il commença ses premières réalisations pendant la Seconde Guerre mondiale,mais c'est en 1955 qu'il commencera réellement sa carrière, réalisant les intérieurs du Seagram Building à New York, dont le design avait été signé par Mies van der Rohe, et qui est considéré comme l'un des plus beaux gratte-ciels de l'après-guerre en Amérique.
Le temps passant il s'éloignera du style international, ce produit typique de l'Amérique fait de verre et d'acier, qui reste la meilleure part de son œuvre. On le verra même construire un hôtel avec Bofill déclarant, "Postmoderne? Oh, c'est encore un mot, il faut bien des mots aux journalistes pour écrire leurs idées. Ce qui est vrai, c'est qu'il devient impossible aujourd'hui d'être moderne. Pour moi. Mais je n'ai rien contre ceux qui continuent à l'être."
Pour la petite histoire, en 1993, Philip Johnson avait fait son coming out, révélant au magazine Vanity Fair qu'il était homosexuel.
La Maison fantôme - L'espace des sculptures - Le centre d'accueil des visiteurs "Da Monsta"